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Le Salut par la foi et le sacerdoce universel :
perspectives historiques

par Marco


Introduction

Etrangement, certains Chrétiens protestants (évangéliques ou réformés) sont très étonnés que d'autres Chrétiens (tels que les catholiques ou les SDJ) croient en l'importance des oeuvres dans le processus du Salut. Certains sites évangéliques vont même jusqu'à affirmer que c'est un des traits de caractère d'une secte :

Le salut par grâce, la foi seule, est-il bien enseigné ou devons-nous rajouter des œuvres afin d’être sauvé?1

    Ces mêmes individus semblent oublier que le protestantisme (et les Eglises qui en découlent) ne sont pas à l'origine du Christianisme puisque, historiquement parlant, la Réforme protestante date du XVIe siècle. Pendant des siècles, l'Eglise catholique avait insisté sur l'importance des oeuvres dans le processus du Salut, semble-t-il de manière grandissante au fil des ans. Et apparemment, on a quelque peu perdu de vue que le Christianisme ne se limite pas aux dogmes protestants, notamment aux dogmes du Salut par la foi, du sacerdoce universel et de la doctrine du serf arbitre.

    Mon but n'est absolument pas ici de faire la critique du protestantisme. Je n'ai absolument pas l'intention d'attaquer qui que ce soit, ni aucune doctrine que ce soit, et j'espère sincèrement que ma démarche ne sera pas interprété comme cela. Mon unique objectif est de démontrer que la logique protestante en matière de Salut et de prêtrise n'ont pas toujours prévalu, et qu'il n'y a pas à se scandaliser qu'une organisation religieuse affirme détenir un sacerdoce divin, et que les oeuvres des hommes ont leur importance dans le Salut.
    Une première version du texte qui suit a été postée dans le courant de l'année 2001 sur un forum chrétien. A l'époque, j'avais pris un peu moins de gants qu'aujourd'hui, et on avait interprété mon intervention comme une attaque à l'égard du protestantisme. J'espère que ce qui suit ne sera pas compris comme tel, mais que cela puisse nous aider tous à réaliser que derrière les trois dogmes cités ci-dessus sont rattachées des causes historiques, et non scripturaires seulement. Aussi, considérant que les événements qui ont entourés ces doctrines sont importantes, je ne m'intéresserai pas à ce que disent les Ecritures sur ce sujet dans cet article; seule l'histoire m'intéresse ici, en l'occurence celle de Martin Luther.


Un moine dans la tourmente

Qui est Martin Luther? Il serait né en 1483 à Eisleben (Allemagne); dès 1501, il va à l'université d'Erfurt. Bien qu'en possession d'une maîtrise en philosophie, il rejoint les ordres monastiques (juillet 1505) après avoir manqué d'être touché par la foudre. Chez les Augustins, à Erfurt, il est appelé prêtre en 1506, puis est transféré en 1511 à Wittenberg. En 1512 il devient docteur en théologie et commence une vaste entreprise de commentaires bibliques.
    Pour mieux comprendre ce qui va se passer par la suite, il faut saisir ceci à propos de la psyché du personnage :

Ce [que les faits] ne révèlent pas, c'est que depuis son entrée au couvent, Luther poursuivait un combat douloureux pour acquérir la certitude de son salut. Comment obtiendrai-je un Dieu favorable ? Telle était la question qui le hantait jusqu'à l'obsession. Cette recherche angoissée devait culminer dans un crise dont aucun historien aujourd'hui n'est disposé, à la suite de Denifle, à mettre en doute la réalité.2

    L'historien et érudit Jean Delumeau semble abonder dans le même sens :

(...) Le 2 juillet 1505, revenant seul de Mansfeld à Erfurt, il fut surpris par un violent orage. (...) L'éclair qui faillit le foudroyer lui parut "un appel solennel de Dieu". Il craignit de mourir sans préparation suffisante. Le problème du salut devint donc sa grande angoisse.3

    Cette angoisse pour son Salut n'est pas un simple détail historique. C'est littéralement le moteur, le mouvement de la pensée luthérienne qui va le précipiter vers le luthéranisme. Nous avons là affaire à un moine qui recherche le moyen de sauver son âme; et ce n'est donc pas pour rien qu'il s'engage chez les Augustins, l'ordre écclesiastique le plus stricte.
    Qu'en est-il de l'Eglise catholique? Comprenons à qu'à cette époque la mainmise du pontificat romain est omniprésente, bien que son influence commence à être discutée; ce qu'elle dit vaut comme parole d'Evangile. Aussi, les bonnes oeuvres que les hommes doivent produire pour le Salut fait partie du discours de l'Eglise. Luther, lui, a toujours cette question angoissante au bout des lèvres : "Si je dois mourir à l'instant, ai-je fait assez pour être sauvé?".

    La goutte d'eau qui fait déborder le vase est la vente des Indulgences à Wittenberg par Johan Tetzel.
Parti d'un principe honnête (la réparation des péchés notamment envers les personnes laisées, s'il en est) et scripturairement défendable, la doctrine bascule vers une grossière exagération: les Indulgences sont vendues, c'est-à-dire que l'on peut acheter le pardon de ses péchés. Pire: Johan Tetzel a la double mauvaise idée de les vendre pour des péchés à venir dans un temps futur, et en plus il le fait sous le nez et la barbe de Luther, le moine de Wittenberg, pas content du tout de ce commerce.
    Parallèlement à cela, Luther découvre, dans la Bible, au travers des écrits pauliens, que la justification s'obtient par la grâce seule de Dieu, sur démonstration de la foi.

Ainsi Luther avait trouvé la solution de son drame intérieur, et la doctrine de la justification par la foi seule allait devenir la clé de voûte du protestantisme officiel.4

    Cette chimie - mélange d'abus de Tetzel (sous l'oeil bienveillant de Rome), et découverte par Luther de l'importance de la foi et de la grâce - amena ce dernier, le 31 octobre 1517, à afficher ses 95 thèses, supposément sur les portes de la chapelles de Wittenberg; celles-ci, bien que soutenant à 95% la politique papale, clament en revanche l'opposition de Luther à la vente des Indulgence, surtout pour ce qui est des péchés à commettre. Mais il n'en faut pas plus pour faire réagir Rome qui y voit un soulèvement contre l'autorité établie.
(Comprenez que le Pape est le garant, par la prêtrise (sacerdoce) qu'il affirme détenir, des Indulgences...)

    Je passe outre plusieurs événements de taille. Notons simplement que plusieurs débats suivent l'action du moine de Wittenberg, et que celui-ci, loin de se rétracter, s'enfonce davantage dans une opposition ouverte à l'autorité de Rome. En 1520, Luther brûle, sur la place public, la bulle papale "Exsurge Domine" ("Lève-toi Seigneur!") qui le somme, sous peine d'excommunication, de se rétracter. La réponse du Vatican ne se fait pas attendre : une nouvelle bulle papale ("Decet romanum pontificem" - "Le pontif romain décrète") est envoyée en janvier 1521, et excomunie Martin Luther.


Serf arbitre et Salut par la foi

Je vais à présent m'attarder presque exclusivement sur l'analytique et pour m'éloigner progressivement de l'événementiel. Ce qui suit est donc discutable et criticable.

    Ainsi, en 1521, Luther est excommunié. Qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie que, selon les dogmes catholiques, quelqu'un d'excommunié est non seulement coupé de toute participation au sein de l'Eglise, mais, en plus, elle est coupée du Salut de Dieu. A ce stade-là, cependant, on est en droit de penser que Luther n'a plus guère confiance en l'Eglise et en son pouvoir.
    Cette idée est lourde de conséquence. Si Luther affirme que le Pape n'a pas le pouvoir de le couper du Salut de Dieu, alors il affirme indirectement qu'il ne détient aucun sacerdoce, aucun pouvoir divin d'agir au nom de Dieu. Soyez attentif à cela, ce point est très important. Luther est excommunié, et bien que sa vie soit littéralement en danger (il est aussi mit au banc du Saint Empire Germanique), il ne se rétracte pas. Il est persuadé qu'il a raison, et que l'Ecriture est au-dessus de tout, y compris d'un pouvoir sacerdotal papal : vers 1520 il publie "Sur la papauté de Rome" où il affirme "que le pouvoir pontifical n'est ni absolu ni de droit divin, et où il [déclare] que le pape est soumis, lui aussi, à l'autorité de l'Ecriture"5.


    Exit le pouvoir sacerdotal papal. Exit le salut par les oeuvres. Les oeuvres ne valent rien pour le Salut, seule la foi est prise en considération par Dieu, qui pardonne ou ne pardonne pas les péchés, selon son bon vouloir.
    Ceci étant affirmé, nous devons, pour mieux comprendre le Salut par la foi, nous pencher un peu sur le serf arbitre.

    Comprenons ceci: si Luther veut affirmer que Dieu pardonne selon son bon vouloir et non selon des critères liées aux oeuvres des hommes, il doit au préalable accepter et faire accepter l'idée que les hommes sont incapables de bien agir par eux-mêmes. C'est le serf arbitre. Les hommes, en raison de la chute d'Adam, sont totalement soumis au péché, et ne peuvent donc produire quoi que ce soit de bon. Ils n'ont pas de libre arbitre - ce n'est qu'illusion! - et ils sont trop pécheurs pour que la plus grande de leurs oeuvres puissent changer le jugement de Dieu, même dans une moindre mesure, à leur sujet.
    Cette déresponsabilisation de l'homme vis-à-vis de ses actes est absolument nécessaire pour faire accepter la doctrine du Salut par la foi seule. Car à partir du moment où l'on introduit les oeuvres dans le processus de justification de l'homme, alors on affirme que l'homme est responsable de ses actes, libre de choisir, et donc libre de faire des oeuvres valables pour son Salut. Ainsi, il n'y a pas de Salut par la foi seule sans avoir, au préalable, fixé la condition humaine ici-bas - et ceci, chez Luther, passe par le serf-arbitre.

    Comme on peut s'en douter, une fois la doctrine du serf arbitre clairement affirmée, les réactions fusent. Le XVIe siècle, c'est aussi l'arrivée des grands humanistes, tels qu'Erasme d'Amsterdam; qui dit humaniste, dit confiance accrue en l'Homme et en ses capacités. La doctrine du serf arbitre, qui réduit l'Etre Humain à "moins que la poussière", est vue d'un mauvais oeil par ceux-ci, et Erasme, poussé par l'Eglise à prendre position, publie en 1524 "De libero arbitrio Diatribe" ("Du libre arbitre") qui est un traité où il prend la défense de l'homme et de ses capacités à bien faire. Luther lui répond sèchement par son "De servo arbitrio" ("Du serf arbitre") où il réaffirme l'incapacité de l'homme à se dégager du pouvoir de Satan qui le dirige totalement, à moins d'être libéré par Dieu, selon son bon vouloir. Selon Luther, les bonnes oeuvres ne sont qu'une conséquence de la foi donnée par Dieu.
    On peut longtemps discuter et philosopher sur ces questions, mais tel n'est pas le but de cet exposé. Qu'on se souvienne seulement que les idées de Luther sur le Salut par la foi, toutes courageuses qu'elles soient, manquaient de cohérences internes si on n'affirmait pas au préalable l'esclavage total de l'homme, jusqu'à la délivrance gratuite de Dieu.
    Nous voyons à présent comment Luther a construit, sur la base de sa compréhension des Ecritures d'une part, et sur son expérience personnelle d'autre part, sa doctrine du Salut par la Foi dans laquelle s'imbrique la doctrine du serf-arbitre.


Du Salut par la foi au sacerdoce universel

La suite fait davantage appel à un lien de cause à effet qu'à un exposé doctrinal basé sur la Bible.
    Résumons: l'homme est trop pécheur pour être sauvé par ses oeuvres, au point même qu'aucun de ses choix ne peut être suffisamment bon pour Dieu. De là, on affirme que puisque l'homme est asservi au diable, seul Dieu peut sauver, selon sa libre volonté. Quel place y a-t-il encore, dans cette optique, pour les sacrements de l'Eglise? Et, question qui lui est directement rattachée, quelle place a l'autorité sacerdotale si de toute manière Dieu sauve qui il veut? Voilà qui est problématique, et pourtant Luther prend la décision la plus logique qu'il soit étant donné sa situation personnelle et ce qu'il avait préalablement établi comme doctrine.

    Bien qu'il soit excommunié, Luther croit qu'il peut être sauvé, par la foi; que va-t-il donc faire de la prêtrise (sacerdoce) que l'Eglise affirme détenir? La réponse est simple: l'Eglise ne détient aucune autorité, et même si c'était le cas, elle ne servirait en rien pour le Salut et pour effectuer les ordonnances (sacrements). L'unique personne à détenir le sacerdoce, c'est Christ, et l'autorité, la seule qui soit transmise à l'homme, c'est celle qui figure dans la Parole de Dieu.
    Saisissons ce point correctement: Luther n'a pas vraiment le choix. Il ne peut affirmer d'un côté que l'Eglise détient une quelconque autorité, un quelconque sacerdoce, et de l'autre dire que Dieu sauve arbitrairement; ou alors il se saborde lui-même - tant sa situation personnelle (ce serait affirmer qu'il est rejeté par Dieu de par son excommunication) que sa doctrine. En effet, comment croire encore au Salut par la foi seule s'il est nécessaire d'un sacerdoce pour officier dans les tâches ecclésiastiques? Je ne sais pas si l'acceptation du sacerdoce universel découle d'un choix volontaire de la part de Luther, mais même si c'est le cas, il n'aurait pas pu faire autrement que de l'accepter un moment ou à un autre.

J'ouvre ici une parenthèse: encore aujourd'hui, les pasteurs protestants de tous bords défendent becs et ongles la doctrine du Salut par la foi qu'il peuvent appuyer sur certaines Ecritures bibliques. En revanche, par expérience personnelle, j'ai remarqué qu'à la question "d'où détenez-vous l'autorité de prêcher et de baptiser vos fidèles au nom du Christ?" - la réponse était très souvent: "J'ai suivi un séminaire de pasteur", ou: "J'ai un doctorat en théologie". Il semble que nombre d'entre ceux qui devraient se réclamer du sacerdoce universel pour officier mettent facilement en avant des titres délivrés par des autorités civiles ou ecclésiastiques. De tous les pasteurs qui ont eu la patience de parler avec moi, peu ont mis en avant le sacerdoce universel et l'autorité de l'Ecriture, et aucun ne s'est basé sur un quelconque verset pour appuyer ses dires. (A leur décharge, j'ai noté qu'il était plus aisé de défendre par la Bible la doctrine du sacerdoce transmissible que celle du sacerdoce universel, contrairement au Salut par la foi qui, au moins, s'appuie sur quelque source biblique.) Mais laissons ce sujet-là de côté pour le moment.

    Au besoin de cohérence doctrinal et à la nécessité de répondre à des questionnements personnels de Luther sur sa situation vis-à-vis de Dieu, s'ajoute encore un contexte politique, culturel et religieux dont il est nécessaire de tenir compte. Notons tout d'abord une montée de l'individualisme et de l'esprit laïc qui amène, dès le XVe siècle déjà, des préoccupations et des critiques sur les façons d'agir du clergé et sa dignité : les interventions de Jean Hus lui vaudront par ailleurs le bûcher6. D'une manière plus générale, le comportement des dirigeants de l'Eglise universelle et l'augmentation du pouvoir civil sur le religieux mettaient de plus en plus de gens (des penseurs surtout) mal à l'aise :

Même le prestige du pape avait été mis à mal. Au vrai, les crises du XVe siècle, le Grand Schisme (deux puis trois papes s'affrontant entre 1378 et 1415), la lutte contre la papauté et le concile de Bâle (1431-1449) avaient troublé les esprits, au point qu'on disait alors communément qu'aucune âme n'était entrée au paradis depuis le Grand Schisme. Dans le même temps, la mainmise de l'Etat sur l'Eglise s'était accrue(...). Les Chrétiens prenaient donc l'habitude de voir dans leurs chefs laïcs des guides spirituels. (...) Mais se tourner vers les princes ne suffisait pas. Seule la Bible pouvait offrir l'autorité infaillible qui faisait tant défaut aux consciences chrétiennes en désarroi.7

    A cela ajoutons encore que le monde médiéval européen n'est pas un Etat de droit, où les hommes sont jugés, en cas de crime, selon ce qui est écrit dans les lois civiles seules. Le roi, le prince ou l'empereur est au-dessus de toute loi, édit ou règlement. Le pouvoir de vie ou de mort lui appartient totalement, et il n'a nul besoin de se justifier pour prendre une décision, aussi injuste qu'elle soit. Il est dès lors aisé de comprendre que la doctrine de Luther sur le Salut, selon le seul bon vouloir de Dieu, cadre précisément avec l'exemple que donnent les instances gouvernementales de l'époque.
    L'Europe occidentale du XVIe siècle était prête, à tous points de vue, à recevoir les doctrines de Luthers et à les embrasser à bras le corps. Le sacerdoce universel, dans la logique d'un Dieu tout-puissant à l'image d'un Roi au-dessus de tout, même au-dessus de ce qu'il décrété, entre dans la logique luthérienne qui cadre parfaitement avec les dispositions de l'époque.


Critique du modèle

J'espère que j'ai pu aider le lecteur à voir comment le luthéranisme s'est, entre autres, construit, et comment les trois doctrines dont il est parlé ci-dessus (serf-arbitre, Salut par la foi, et sacerdoce universel) sont interdépendantes les unes des autres. Enlevez une pièce de ce petit puzzle, et l'ensemble de l'édifice doctrinal est sérieusement mis à mal.

    Lorsque le texte ci-dessus a été présenté à quelques chrétiens (surtout des Evangéliques) sur un forum de discussion, il a suscité quelques vives réactions. J'admets que la terminologie utilisée alors n'était pas toujours pertinente; à ma décharge, mon texte original s'inscrivait, lui aussi, dans le cadre d'un certain débat où la réthorique a son importance.
    J'ai néanmoins particulièrement apprécié deux critiques qu'il vaut la peine de reproduire :

    Tout d'abord, le modèle que je présente ici est basé sur l'expérience et la vie personnelle de Martin Luther. Or, la Réforme protestante ne repose pas sur cet homme seul. D'autres, tels que Jean Calvin (Genève), d'Ulrich Zwingly (Zürich), Martin Bucer (Strasbourg) ou Guillaume Farel (Neuchâtel) ont été des moteurs importants, tant pour l'apparition que pour la propagation de cette nouvelle doctrine chrétienne. La plupart ont eu des contacts les uns avec les autres surtout après que le processus soit engagé, mais leur parcours individuel reste pour chacun d'eux unique. Ceci amena par exemple Zwingly à affirmer que l'élaboration de sa doctrine était indépendante de Luther et de ses écrits:

Qui m'a instruit à prêcher l'Evangile et à prêcher un Evangile en continu? Luther l'a-t-il fait? Eh bien! j'ai commencé à prêcher avant même d'avoir entendu prononcer le nom de Luther, et dans ce but j'ai commencé il y a dix ans à apprendre le grec, afin d'apprendre la doctrine du Christ puisée à sa source. Je n'ai pas à recevoir de leçon de Luther, dont le nom m'était inconnu deux ans après que je m'en fus tenu exclusivement à la Bible [en 1518].8

    De plus, de par le fait qu'il n'y a pas toujours eu de concertation entre les Réformateurs, des différences doctrinales, notamment entre le calvinisme et le lutheranisme, apparurent, ce qui démontre bien, une fois de plus, que l'explication de l'apparition des doctrines protestantes ne peut tenir seulement sur des approches personnelles et psychologique de Martin Luther.

    A cette première critique s'ajoute une deuxième, toujours en rapport avec la pensée de Luther, mais plus religieuse celle-là: certaines "perturbations" intérieures (en l'occurence: les grandes angoisses de Luther pour son Salut) ne sont pas forcément négatives, et peuvent au contraire devenir des instruments entre les mains de Dieu pour amener à la lumière du jour des enseignements divins. A cela, je suis tout-à-fait d'accord, au point d'affirmer que l'on peut tirer un parallèle entre les angoisses de Luther pour son Salut et le profond malaise de Joseph Smith vis-à-vis des contradictions chrétiennes de son temps. Dans les deux cas, leurs prédispositions psychologiques les ont amenés à se poser certaines questions précises, auxquelles les acteurs religieux de leur époque respective ne répondaient pas avec satisfaction.


Conclusion

A nouveau, mon objectif n'était en aucun cas, à aucun moment d'amoindrir l'importance de la Réforme protestante, et encore moins de diminuer l'envergure de cet impressionnant personnage qu'est Martin Luther. En écrivant ce texte, je cible en fait tout particulièrement mes interlocteurs évangéliques qui s'étonnent avec une grande incrédulité que l'on puisse appartenir à une Eglise dite chrétienne, et attacher de l'importance aux oeuvres de surcroît. J'espère que le résumé ci-dessus aura au moins eu l'avantage de les amener à comprendre que les doctrines du Salut par la foi et du sacerdoce universel n'ont pas toujours été l'enseignement de base des Eglises chrétiennes (et ne l'est d'ailleurs toujours pas systématiquement), et que l'apparition de ces doctrines s'inscrit dans un cadre temporel, socio-culturel et psychologique de certains personnages-clés, dont Martin Luther. Pour ce qui est de leur base scripturaires, ces questions font et feront l'objet d'autres débats et articles qui seront publiés, je l'espère, sur SDJ-Mormons ou sur Gnolaum.org. Ici et maintenant n'est pas approprié pour glisser sur un débat théologique autour de ces questions, bien que cela ne manque pas d'intérêt.
    Enfin, mon objectif était également de montrer comment la doctrine du serf-arbitre est imbriquée dans l'enseignement du Salut par la foi, et comment ces deux éléments dépendent de la doctrine du sacerdoce universel, et vice-versa.

    Je suis reconnaissant de l'oeuvre des Réformateurs : même si le mormonisme ne peut pas toujours être en accord avec leurs précepts, il reste néanmoins que sans leur action, la liberté religieuse que nous connaissons aujourd'hui aurait sans doute été mise en place tardivement, et le rétablissement de l'Eglise du Christ aurait peut-être due être repoussée à une date ultérieure. Puissions-nous mieux comprendre cette Réforme chrétienne protestante; et nous comprendrons alors mieux la place que prend le mormonisme dans le christianisme et l'histoire en général.

 


Notes & références

1
  Source : Bureau de documentation sur les sectes et les religions.
2
  Stauffer, R., 1998 (1970), La Réforme, Paris : PUF, col. "Que Sais-je", p. 11.
3
  Delumeau, J., Wanegffelen, T., 1998 (1965), Naissance et Affirmation de la Réforme, Paris : PUF, col. "Nouvelle Clio", p. 29-30.
4
  Ibidem, p. 32.
5
  Stauffer, R., 1998 (1970), La Réforme, Paris : PUF, col. "Que Sais-je", p. 22. 
6
  Delumeau, J., Wanegffelen, T., 1998 (1965), Naissance et Affirmation de la Réforme, Paris : PUF, col. "Nouvelle Clio", p. 286-287.
7
  ibidem, p. 287.
8
  ibidem, p. 53.


Première publication :
16 juillet 2003
Dernière mise-à-jour : 16 juillet 2003


 

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