Introduction
: les méfaits d'une propagande
La
grosse voiture américaine qui vient peut-être
de passer devant vous a un auto-collant insolite: "Book
of Mormon or Bible? Jerusalem or Bethlehem?" Pour autant
que vous ne soyiez qu'un touriste européen en visite
dans le sud des Etats-Unis, vous ne comprendrez sans doute
pas grand chose à ce message mystérieux, à
cette interrogation bizarre sans référence
à quoi que ce soit de précis.
C'est pourtant à une attaque très
claire contre l'Eglise de Jésus-Christ des Saints
des Derniers Jours à laquelle ce texte se réfère.
Plus précisément - pardonnez ce jugement audacieux
- c'est le sommet de l'obscurantisme anti-mormon qui se
traduit ici dans une vaste propagande, créée
et encouragée par des "Chrétiens"1
issus de milieux évangéliques fanatiques.2
Quel est donc le sujet de la controverse? En demandant au
lecteur de choisir entre le Livre de Mormon et la Bible
- ou en d'autres termes entre Jérusalem et Bethléhem,
ils affirment que le Livre de Mormon attribue le lieu de
naissance du Christ à Jérusalem, alors que
la Bible, comme tout le monde le sait, affirme clairement
que le Sauveur est né à Bethléhem...
Qu'en est-il réellement?
Le "pays de Jérusalem"?
Le
verset du Livre de Mormon sur lequel se basent les adversaires
du mormonisme est le suivant :
Et
voici, il [Jésus]
naîtra de Marie, à Jérusalem, qui est
le pays de nos ancêtres (...).3
Une lecture hâtive de ce passage peut en effet laisser
l'impression que ce passage enseigne que le Christ est né
à Jérusalem, et non Bethléhem. Mais
une lecture plus attentive nous informe sans équivoque
que lorsqu'Alma parle de Jérusalem, il ne parle pas
de la ville, mais de la ville et de ses environs
: Jérusalem, dans ce verset, est assimilé
à un "pays".
La version anglaise du Livre de Mormon
vient appuyer ce constat:
And
Behold, he shall be born of Mary, at Jerusalem which
is the land of our forefathers (...)4
Remarquez tout particulièrement la préposition
"at", en gras ci-dessus, devant "Jerusalem".
L'utilisation de ce mot est une claire référence
à une région, et non à une ville,
sans quoi ce serait "in" qui aurait été
privilégié, et le verset aurait été
tourné de la manière suivante :
And
Behold, he shall be born of Mary, in Jerusalem which
is the city of our forefathers.
A ce moment-là, effectivement, on serait en droit
d'affirmer que selon le Livre de Mormon, Jésus est
né à Jérusalem, et non à Behtléhem.
Mais le fait est que le verset ne s'articule
pas de cette manière-là, et il est assez étonnant
que ce sont des anglophones, et non des francophones, qui
se soient lancés dans une telle attaque, puisque
non seulement le verset faire clairement la référence
au pays, mais qui plus est la forme grammaticale
de la phrase ne laisse que peu de doute quant à la
nature du mot Jérusalem.
Certains critiques ont affirmé qu'il n'existait nulle
référence, dans la Bible, à un quelconque
"pays de Jérusalem". Cependant, comme l'indique à
juste titre l'apologiste Jeff Lindsay5,
la littérature juive ne se limite pas à la
Bible seule; le pays de Jérusalem était une
référence connue des Juifs de l'époque
du Livre de Mormon, comme en témoigne cet extrait
tiré des manuscrits de la mer morte, dans un texte
appelé "Pseudo-Jérémie" (4Q385) :
(1)
Jérémie le Prophète devant le Seigneur
(2) [...qu]i furent emmenés captifs du pays de
Jérusalem (...).6
Sur ce passage, Eisenman & Wise commentent:
Autre
mention intéressante, celle du "pays de Jérusalem"
à la ligne 2 du fragment 1. Une telle mention ajoute
à l'ensemble une notation nettement historique, dès
lors que Juda ou "Yehud" (le nom de la région sur
des monnaies de la période perse) représentait
à l'époque un petit plus que Jérusalem
et ses environs immédiats.7
Ce qui vient encore renforcer la crédibilité
du Livre de Mormon lorsqu'il parle du pays de Jérusalem
(Lindsay compte pas moins de 40 références
à cette région dans le Livre de Mormon8),
c'est le fait que l'extrait ci-dessus est attribué
par la tradition à Jérémie; or, Jérémie
était contemporain de Léhi; ils vécurent
et prophétisèrent tous deux durant la même
période (env. 600 ans av. J.-C.), et ils utilisaient
certainement des références géographiques
communes.
Une
référence claire pour un peuple lointain
Sans
approfondir davantage l'aspect historique et linguistique,
je désire à présent faire appel à
la logique du lecteur.
Alma 7:10 est écrit par un prophète, dont
le livre porte le nom, dont la prédication remonte
à approximativement 83 av. J.-C., dans un continent
bien éloigné de la Palestine: l'Amérique.
Souvenons-nous que Léhi a quitté Jérusalem
vers 600 av. J.-C., soit env. 517 ans avant Alma. A force
de lire le Livre de Mormon de manière continue, on
oublie trop souvent que pas moins de cinq siècles
séparent Léhi d'Alma et ses contemporains.
Alma n'a jamais vu Jérusalem, ni de manière
générale l'Ancien Monde. Il sait que lui et
ses frères descendent d'une famille issue de cette
région. Peut-on donc attendre de lui de connaître
Behtléhem, un village situé à quelque
huit kilomètres de Jérusalem? Peut-être
peut-on exiger cela d'un prophète du Seigneur, mais
on ne peut pas l'attendre de ceux à qui son message
s'adresse. Les Néphites de l'époque d'Alma
connaissaient la ville & la région d'où
leurs Pères étaient issus, mais certainement
pas la géographie exacte du pays de leurs ancêtres.
Il est donc tout-à-fait normal
qu'Alma, et d'autres prophètes, se soient référés
non à une petite bourgade inconnue de leurs interlocuteurs,
mais à un lieu géographique conceptualisable
par tous.
Lorsque j'ai servi une mission religieuse pour l'EJCSDJ
de 1997 à 1999 dans la mission de Paris, nombreux
ont été ceux et celles qui se montraient étonnés
parce que je n'étais vraisemblablement pas Américain
comme beaucoup de mes collègues missionnaires. On
me demandait inévitablement d'où je venais,
et invariablement je répondais: "Je viens de Neuchâtel,
en Suisse." En réalité, je n'ai jamais habité
Neuchâtel même; mais pouvais-je attendre d'un
Parisien ou d'un Normand qu'il connaisse et qu'il puisse
situer le petit village de
huit cents habitants d'où je venais, à quelque
quinze kilomètres de Neuchâtel? Il aurait été
insensé de ma part d'y faire référence,
sachant qu'aucun de mes interlocuteurs serait capable de
se faire une idée précise sur mon origine
géographique.
Je pense qu'il devait en être de
même pour Alma: se référer au point
le plus connu pour définir l'origine d'un événement
important était la chose la plus logique à
faire en les circonstances. Même si "Jérusalem",
en Alma 7:10, faisait référence à la
ville de Jérusalem (ce qui n'est bien sûr
pas le cas), cela aurait été acceptable étant
donné le contexte du discours d'Alma.
Toujours d'un point de vue logique : comment Joseph Smith,
s'il devait être l'auteur du Livre de Mormon, aurait-il
pu faire une erreur aussi grossière en attribuant
à Jérusalem le lieu de naissance du Christ,
quand n'importe quel enfant chrétien sait que c'est
à Bethléhem qu'il est né? Quiconque
a ouvert le Livre de Mormon et l'a lu dans un esprit au
moins impartial ne peut que s'émerveiller de la richesse
de certains enseignements théologiques très
profonds. Si Joseph Smith avait lui-même écrit
le Livre de Mormon, il aurait fallu qu'il ait une connaissance
très approfondie de la Bible. Et certainement, il
en avait une! Comment pouvait-il donc faire une telle "erreur"?
... C'est là qu'est tout le problème,
justement: c'est une confusion bien trop grossière
pour un homme qui connaissait aussi bien les Saintes Ecritures
que Joseph Smith.
Mais voilà, Joseph Smith n'est
pas l'auteur du Livre de Mormon, car s'il en avait été
ainsi, il aurait certainement fait l'anachronisme de parler
de Bethléhem en Alma 7:10, au lieu de se référer
à un lieu géographique connu de ceux dont
il est parlé dans ce passage.
Bref ! Ce qui devait être en fait la preuve ultime
que le Livre de Mormon était écrite par Joseph
Smith s'est finalement avéré être au
contraire une démonstration supplémentaire
qu'il ne pouvait en être l'auteur.
Conclusion
: à quand le dialogue ?
Combien
de fois encore faudra-t-il faire face à ceux qui,
pour des raisons obscures, cherchent par tous les moyens,
même les plus malhonnêtes et les plus loufoques,
à nuire au mormonisme? N'y a-t-il pas une solution
à nos différends? S'il devait y avoir un réel
dialogue entre les sceptiques et les croyants au Livre de
Mormon, nous ne devrions certainement pas faire face à
des arguments pareillement infondés.
Mais sans doute l'explication à
cette adversité irrationnelle peut-elle être
trouvée dans le Livre de Mormon lui-même, par
la bouche de Léhi :
Car
il doit nécessairement y avoir une opposition en
toutes choses. S'il n'en était pas ainsi, (...) la
justice ne pourrait pas s'accomplir, ni la méchanceté,
ni la sainteté ni la misère, ni le bien ni
le mal.9
Je témoigne que le Livre de Mormon est la Parole
de Dieu, au même titre que la Bible. Cette foi qu'est
la mienne n'est pas basée sur des arguments scientifiques,
ou des découvertes intrinsèques ou extrasèques
au livre lui-même, mais plutôt sur la réponse
que Dieu m'a donnée par son Esprit lorsque je l'ai
prié en voulant sincèrement savoir s'il était
de Lui. Le Saint-Esprit qui m'accompagne lors de ma lecture
de ces merveilleux versets me rappellent ce que le Seigneur
m'a fait connaître et me renforce dans ce témoignage.
Puissions-nous tous étudier le
Livre de Mormon en se débarassant des préjugés,
dans un esprit de prière.