Peut-on
voir Dieu et vivre ?
par
Marco*
Introduction
Au
printemps de 1820, Joseph
Smith, 14 ans, bouleversé par le regain religieux
et prosélyte de certaines Eglises de sa région
(sans doute entre 1818 et 1820) – ce qui l'amène
à chercher laquelle des confessions a raison et à
quelle Eglise il doit se joindre -, se rend dans un bois,
non loin de chez lui, pour demander à Dieu
de la sagesse en la matière. A la suite de sa prière,
un événement extraordinaire survient : une colonne
de lumière, plus brillante que le soleil, descend peu
à peu jusqu’à tomber sur lui, et il voit
deux Personnages, dont l’éclat et la gloire défient
toute description, se tenir au-dessus de lui dans les airs.
L’un d’eux l’appelle par son nom et dit,
en lui montrant l’autre : "Celui-ci est mon Fils
bien-aimé. Ecoute-le !" Dès que Joseph
est assez maître de lui pour pouvoir parler, il demande
aux Personnages qui se tiennent au-dessus de lui, dans la
lumière, laquelle de toutes les confessions a raison
et à laquelle il doit se joindre. Il lui est répondu
de ne se joindre à aucune, car elles sont toutes dans
l’erreur.
Cet événement
est aussitôt la cause d’une grande persécution
qui va croissant, à l’encontre de Joseph
Smith, de la part de tous les partis religieux du voisinage.
Quelque 24 ans plus tard, Joseph scelle son témoignage
de son sang en mourant en martyre, lynché par une foule
hostile. Alors et depuis, il s’est trouvé des
gens pour prétendre qu'il était un imposteur
ou était trompé par le diable, parce que la
Bible dit que nul homme n'a jamais vu Dieu,
que l’homme ne peut le voir sans en perdre la vie.
... Mais cet argument est-il vraiment soutenu par la Bible
?
Dieu
est invisible
Voyons
quelques Ecritures
en faveur de ceux qui affirment qu'il était impossible
à Joseph Smith de converser avec Dieu et de le voir:
Moïse
dit: Fais-moi voir ta gloire! […]
L'Eternel
dit: Tu ne pourras pas voir ma face, car l'homme ne peut me
voir et vivre.1
Personne
n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du
Père, est celui qui l'a fait connaître.2
Ce
n'est pas que personne ait vu le Père, sinon celui
qui vient de Dieu; celui-là a vu le Père.3
Et
le Père qui m'a envoyé a rendu lui-même
témoignage de moi. Vous n'avez jamais entendu sa voix,
vous n'avez point vu sa face.4
Personne
n'a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres,
Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous.5
Pris au premier degré et sans autre approfondissement
de la question, ces versets nous mènent vers les deux
conclusions suivantes:
a) Aucun homme n'a jamais, en tous temps, vu Dieu.
b) Aucun homme ne peut voir Dieu et vivre.
Et
pourtant…
Pourtant,
d'autres versets bibliques gênent ce raisonnement apparemment
sans faille :
Les
yeux de l'un et de l'autre [Adam et Eve] s'ouvrirent,
ils connurent qu'ils étaient nus, et, ayant cousu des
feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures. Alors
ils entendirent la voix de l'Eternel Dieu, qui parcourait
le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent
loin de la face de l'Eternel Dieu, au milieu des arbres du
jardin.6
Nous voyons qu'Adam et Eve, peu après avoir pris du
fruit défendu, allaient recevoir la visite de Dieu.
Notons que cette apparition devait être directe, sans
ambiguité - sinon, pourquoi Adam et Eve auraient-ils
le besoin urgent de se cacher, s'ils ne s'attendaient pas
à une visite visible de Dieu ? De plus, remarquez
ici que la voix de "l'Eternel Dieu" est entendue, contrairement
à l'affirmation de Jean 5:37 précédemment
cité…
L'Eternel
parlait avec Moïse face à face, comme un homme
parle avec son ami.7
Moïse aurait vu Dieu ?.. C'est ce que semble suggérer
le terme "face à face".
On pourrait contre-argumenter et dire que Moïse n'a pas
vraiment vu Dieu; du moins il n'a pas vraiment vu la face
de Dieu… Mais cette affirmation est contraire à
un autre verset qui concerne la révélation du
Seigneur à Moïse :
Et
il [l'Eternel] dit: Ecoutez bien mes paroles! Lorsqu'il
y aura parmi vous un prophète, c'est dans une vision
que moi, l'Eternel, je me révélerai à
lui, c'est dans un songe que je lui parlerai. Il n'en est
pas ainsi de mon serviteur Moïse. Il est fidèle
dans toute ma maison. Je lui parle bouche à bouche,
je me révèle à lui sans énigme,
et il voit une représentation de l'Eternel. [...]8
La Bible de Jérusalem et la TOB sont encore plus précises;
elles disent au verset 8 :
Je
lui parle face à face dans l'évidence, sans
énigmes, et il voit la forme de Yahvé. […]9
Je
lui parle de vive voix – en me faisant voir –
et non en langage caché; il voit la forme du Seigneur.
[…]10
Est-il compatible d'affirmer que Dieu s'est montré
à Moïse pour parler "face à face dans l'évidence,
sans énigme" et d'imaginer que ce dernier ne pouvait
le contempler ? L'affirmation, selon laquelle Moïse a
vu la face et la représentation (ou la
forme) de Dieu, est-elle compatible avec celle qui
dit qu'il n'a pu voir que son dos (voir Exode 33:23)
?
Pour éclairer ces questions, continuons notre étude
sur le sujet en voyant d'autres cas similaires :
Jacob
appela ce lieu du nom de Péniel; car, dit-il, j'ai
vu Dieu face à face, et mon âme a été
sauvée.11
Ce verset nous intéresse tout particulièrement,
car il nous donne une idée de la crainte qu'avait Jacob
de voir la face de Dieu, et donc de mourir… Il y a cependant
survécu, et c'est la raison même pour laquelle
il a donné le nom de "Péniel" (ou "Penuel")
au lieu-même de la rencontre; ce qui signifie, traduit
en français, "Face de Dieu". Cet élément
ajoute de la force à l'affirmation que Jacob a littéralement
conversé avec Dieu, face à face, comme Moïse
le fit plus tard.
Certains objecteront que "mon âme a été
sauvée" peut être une référence
au salut éternel, et non au fait que Jacob craignait
pour sa vie. Cette affirmation tiendrait si nous n'avions
pas les précisions des bibles suivantes:
Jacob
donna à cet endroit le nom de Péniel; car, dit-il,
j'ai vu Dieu face à face, et mon âme a été
préservée.12
Jacob
donna à cet endroit le nom de Penuel, "car, dit-il,
j'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve".13
Ces deux précisions ne laissent plus beaucoup de place
à beaucoup interprétations de "mon âme
a été sauvée"; et l'affirmation que Dieu
s'est bel et bien montré à Jacob à Péniel
est renforcée par la signification même du nom
donné au lieu ("Face de Dieu").
Nous passerons en revue d'autres versets significatifs et
qui démontreront que des hommes ont vu Dieu; nous pouvons,
cependant, déjà à partir de ces trois
références, opter pour la synthèse provisoire
suivants : nul homme ne peut voir Dieu, si ce n'est en
des circonstances particulières, selon la volonté
de Dieu.
Nous renforcerons à présent cette affirmation
par ce qui suit :
Moïse
monta avec Aaron, Nadab et Abihu, et soixante-dix anciens
d'Israël. Ils virent le Dieu d'Israël; sous ses
pieds, c'était comme un ouvrage de saphir transparent,
comme le ciel lui-même dans sa pureté. Il n'étendit
point sa main sur l'élite des enfants d'Israël.
Ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent.14
Remarquez en outre la précision de la Bible de Jérusalem
(la TOB s'exprimant en des termes similaires) sur la deuxième
partie des versets :
Il
[Yahvé] ne porta pas la mains sur les notables
des Israélites. Ils contemplèrent Dieu, puis
ils mangèrent et burent.15
Ce verset non seulement confirme l'expérience de Jacob
(la possibilité de voir Dieu dans la chair), mais en
plus il met en valeur la possibilité de perdent
la vie dans l'expérience. On note dans le verset 11
que le Seigneur "ne porta pas la main sur les notables" d'Israël,
ce qui vient renforcer l'idée que certaines circonstances
voulues du Seigneur peuvent apporter une dérogation
à la règle selon laquelle nul homme ne peut
voir la face de Dieu et vivre.
Le cas d'Esaïe, à présent:
L'année
de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône
très élevé, et les pans de sa robe remplissaient
le temple.16
Pour une meilleure compréhension de ces versets, nous
nous tournons vers la Bible de Jérusalem :
L'année
de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône
grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait
le sanctuaire. Des séraphins se tenaient au-dessus
de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face,
deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. Ils se criaient
l'un à l'autre ces paroles : "Saint, saint, saint est
Yahvé Sabaot, sa gloire emplit toute la Terre." Les
montants ses portes vibrèrent au bruit de ces cris,
et le Temple était plein de fumée. Alors je
dis : "Malheur à moi, je suis perdu! Car je suis un
homme aux lèvres impures, j'habite au sein d'un peuple
aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, Yahvé
Sabaot." L'un des Séraphins vola vers moi, tenant dans
sa main une braise qu'il avait prise avec des pinces sur l'autel.
Il m'en toucha la bouche et dit : "Voici, ceci a touché
tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché
est pardonné."17
Nous avons là un nouvel exemple d'un prophète
du Seigneur à qui il est donné de contempler
Dieu et qui s'attend à mourir, sachant la chose impossible.
La suite des événements est hautement intéressante,
mais je m’abstiens de tout commentaire à l'heure
actuelle sur ce passage et y reviendrai plus tard; qu'il suffise
à ce stade de remarquer que tant Jacob qu'Esaïe
étaient persuadés qu'ils ne pouvaient voir Dieu
et vivre, et pourtant l'un et l'autre on fait l'expérience
que même une telle règle peut avoir sa dérogation.
Le
cas d'Etienne
Voyons
à présent une Ecriture
tirée du Nouveau Testament; nous la confronterons à
Jean 5:37, affirmant (en donnant la parole à Jésus)
que l'homme n'a "jamais entendu [la] voix [du Père],
[qu'il n'a] point vu sa face".
Mais
Etienne, rempli du Saint-Esprit, et fixant les regards vers
le ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à
la droite de Dieu, et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts,
et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu.18
Etienne a vu Dieu le Père, et à sa droite, Jésus-Christ.
Je laisse cependant le droit à certains de contester
cette affirmation; leur argument sera certainement le suivant
: il est dit qu' Etienne "vit la gloire de Dieu". Qu'il
affirme voir Jésus
à la droite de Dieu ne signifie nullement qu'il ait
vu Dieu le Père; à l'intérieur de cette
gloire, se trouve le Père, et Etienne n'a vu que sa
gloire, et non Dieu lui-même.
C'est un argument qui tient presque debout. Le lecteur
attentif remarquera qu'Etienne voit "la gloire de Dieu", puis,
il voit "Jésus debout à la droite de Dieu".
Cette séparation claire invite à une toute autre
compréhension de ce verset : aussi bien Dieu le Père
que Jésus-Christ
"baignaient" dans cette gloire. Etienne voit d’abord
la gloire de Dieu, puis il voit Dieu et Jésus-Christ.
Ce serait donc une erreur que de faire un amalgame entre la
gloire de Dieu et Dieu lui-même. Et combien même
un tel amalgame se justifirait, le problème ne serait
nullement résolu; revoyons la réponse du Seigneur
à Moïse, qui lui avait demandé de manifester
sa gloire (voir Exode 33:18) :
Quand
ma gloire passera, je te mettrai dans un creux du rocher,
et je te couvrirai de ma main jusqu'à ce que j'aie
passé.19
Nous avons vu que le fait de voir la face de Dieu pouvait
provoquer la mort; ce verset nous informe que même lorsque
la gloire de Dieu se manifeste, il est nécessaire d'être
"couvert de la main du Seigneur", car la gloire de Dieu ne
peut être contemplée… Je pose donc la question
à ceux qui affirment qu'Etienne n'a vu "que" la gloire
de Dieu : comment se fait-il que Moïse n'ait pu la contempler
(du moins à ce moment précis), mais Etienne
oui ? A bien y penser, contempler la face de Dieu ou
contempler la gloire de Dieu a la même conséquence
: normalement la mort du corps physique.
Le lecteur remarquera en outre que, dans le cas de Moïse
qui demande à voir la gloire de Dieu, le Seigneur
lui rétorque qu'il ne peut voir sa face, créant
ainsi un lien étroit entre sa face et sa gloire. Pourquoi
donc, si Etienne a pu contempler la gloire de Dieu, n'aurait-il
pas aussi pu voir sa face– et donc sa personne ? En
vérité, Etienne a vu les deux : la gloire de
Dieu, et Dieu le Père, avec le Fils à sa droite.20
Jean
6:46 et Jean 5:37
Ce
n'est pas que personne ait vu le Père, sinon celui
qui vient de Dieu; celui-là a vu le Père.21
Ce verset pose un problème basique : qui est "celui
qui vient de Dieu" ? La réponse à cette énigme
nous aidera peut-être à répondre à
une question plus générale : comment se fait-il
que la Bible rapporte le cas d'hommes ayant vu Dieu, alors
que cette même Bible affirme que nul ne l'a vu ?
Première interprétation possible : "celui qui
vient de Dieu" est Jésus-Christ, Fils de Dieu. C'est
une interprétation de premier degré, simple
et logique, mais qui ne résout pas la contradiction.
Une deuxième interprétation – davantage
de second degré – peut également être
étudiée : "celui qui vient de Dieu" est un envoyé
du Seigneur, ou un homme qu'Il agrée. Exemple, le cas
de Moïse :
Dieu
dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta
: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël
: Celui qui s'appelle "Je suis" m'a envoyé vers vous.22
L'Eternel
envoya un prophète aux enfants d'Israël. […]23
Les exemples sont légions. Ainsi, un "envoyé
de Dieu", n'est-il pas un homme qui "vient de Dieu" ? C'est
une interprétation possible. Elle est moins évidente
que la lecture selon laquelle Jean 6:46 fait référence
au Christ, mais elle est une explication possible à
la contradiction soulevée.
Examinons maintenant le cas le Jean 5:37 :
Et
le Père qui m'a envoyé a rendu lui-même
témoignage de moi. Vous n'avez jamais entendu sa voix,
vous n'avez point vu sa face.24
Le problème posé par ce verset réside
dans l'affirmation que non seulement nul n'aurait vu la face
de Dieu, mais qu'en plus nul n'a entendu sa voix
(dans la mesure, bien sûr, où nous avons une
lecture littérale de ces passages). Il y a dans un
premier temps une contradiction évidente entre ce verset
et ceux qui rendent compte du baptême de Jésus
où le Père a fait entendre sa voix du haut des
Cieux :
Dès
que Jésus eut été baptisé, il
sortit de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit
l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur
lui. Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles:
Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute
mon affection.25
Des hommes ont donc entendu la voix Dieu. Mais le fait de
l'entendre est-il lié à des conditions
similaires que le fait de le voir ? Nous serions en
droit de le penser à la lumière de ce verset
:
Lorsque
vous eûtes entendu la voix du milieu des ténèbres,
et tandis que la montagne était toute en feu, vos chefs
de tribus et vos anciens s'approchèrent tous de moi,
et vous dîtes : Voici l'Eternel notre Dieu, nous a montré
sa gloire et sa grandeur, et nous avons entendu sa voix du
milieu du feu; aujourd'hui, nous avons vu que Dieu a parlé
à des hommes et qu'ils sont demeurés vivants.
Et maintenant pourquoi mourrions-nous ? Car ce grand feu nous
dévorera; si nous continuons à entendre la voix
de l'Eternel, notre Dieu, nous mourrons. Quel est l'homme,
en effet, qui ait jamais entendu, comme nous, la voix du Dieu
vivant parlant du milieu du feu, et qui soit demeuré
vivant?26
La Bible de Jérusalem rend la deuxième partie
du verset 24 encore plus claire :
[…]
Nous avons vu aujourd'hui que Dieu peut parler à des
hommes, et l'homme rester en vie.27
Remarquez que dans cette traduction, il est entendu que non
seulement Dieu a parlé à des hommes de par le
passé, mais qu'en plus il peut le faire en tout temps,
sans pour autant que cela porte nécessairement atteinte
à leur vie.
Les Israélites savaient qu'un homme ne pouvait voir
Dieu et vivre – sauf exception peut-être –
et ils avaient la même conviction concernant la voix
même de Dieu : un homme ne peut entendre Dieu et vivre.
Et pourtant, des Israélites ont entendu sa voix et
ont vécu, tout comme des hommes ont contemplé
sa face et ont vécu. Jean 5:35 semble donc en contradiction
avec les expériences, les cas concrets que nous venons
d'examiner.
En attendant, enrichissons notre synthèse provisoire,
citée plus haut, de la manière suivante: nul
homme ne peut voir, ni entendre Dieu, si ce n'est en des circonstances
particulières, selon la volonté de Dieu.
Résoudre
la contradiction
Reste
néanmoins une contradiction de taille à résoudre.
Nous avons vu au début que certains versets ont affirmé,
sans équivoque, que nul n'a jamais, en tous temps,
vu Dieu. (Nous pourrions ajouter: "entendu".) Nous avons cependant
remarqué que bien qu'il n'était pas possible
de voir (ni entendre) Dieu et vivre, il y a eu des exceptions
: Jacob, Moïse, Esaïe, Job28,
et d'autres. Il y a manifestement un paradoxe entre l'affirmation
"nul n'a jamais vu Dieu" et "il y a des cas exceptionnels".
Les opposants à cette dernière idée poseront
les deux contre-arguments suivants :
a) les prophètes
n'ont pas vraiment vu Dieu; ils ont contemplé
quelque chose le représentant : feu, lumière,
etc;
b) Jéhovah, dans l'Ancien Testament est Dieu
le Fils (Jésus-Christ), et non Dieu le Père.
Le point a) est d'ores et déjà mis de côté
par la clarté des descriptions que nous avons lues
dans les versets indiqués plus haut. Jacob a appelé
le lieu de sa rencontre "face à face" avec Dieu "Péniel"
(qui signifie "Face de Dieu"), Moïse a parlé "face
à face" avec Dieu – ce dernier affirmant en outre
qu'il s'est présenté à lui sans ambiguïté
-, Esaïe a eu une vision du Seigneur (et l'a donc contemplé),
entourée d'un symbolisme29
impressionnant, etc.
Le point b) est en revanche intéressant. Je me souviens
que c'était un Adventiste du Septième Jour qui
m'avait rétorqué cela pour la première
fois – ce avec quoi les Saints
des Derniers Jours seront entièrement d'accord
: Jéhovah est bel et bien Jésus-Christ. Sa conclusion
était simple : Jéhovah, le Fils, pouvait être
vu, mais ce n'était pas le cas du Père. Malheureusement,
cette conclusion ne tient pas compte des points suivants :
a) Il a été dit à Moïse qu'il
ne pouvait voir la face de Dieu et vivre30;
qui a parlé à ce moment-là ? Nul autre
que Jéhovah (Yahvé), donc Jésus-Christ,
et non le Père.
b) Esaïe a vu Jéhovah, et craignait pour
sa vie.31
c) Etienne a vu Jésus-Christ et Dieu
le Père, l'un à côté de l'autre.
En fin de compte, il importe peu que les prophètes
aient vu le Fils (à l'état glorifié)
ou le Père, les conditions pour voir l'un étant
les mêmes que pour voir l'autre. Il est autant risqué
pour sa vie de voir Jéhovah (Jésus déifié
et glorifié) qu'Elohim (nom attribué au Père,
parfois aussi au Fils32); une
telle rencontre peut entraîner la mort dans un cas comme
dans l'autre.
Nous voilà donc pas plus avancés qu'avant :
il y a toujours une apparente contradiction.
Erreur
de copiste ?
Il
n'y a que peu de doutes que des erreurs de copistes se soient
insérées dans nos Bibles. Nous rappelons au
lecteur que jusqu'à l'amélioration de l'imprimerie
par Gutenberg (vraisemblablement en 1438, la première
"Bible à 42 lignes" ayant été imprimée
en 1455), les textes anciens se recopiaient à la main;
tantôt en grands exemplaires, tantôt en petits
exemplaires comme c'était le cas des premiers textes
dont l'usage était strictement réservé
et limité. C'était aussi le cas des écrits
antiques. Par exemple, pour ce qui est du cas de l'Ancien
Testament, la plupart des bibles se basent sur le texte massorétique
établi par les Juifs entre le VIIIe et le IXe siècle
après Jésus-Christ. Les traducteurs s'appuient
en outre sur d'autres versions33
parfois plus claires de l'Ancien Testament pour améliorer
la compréhension de certains points obscurs. De plus,
la découverte des Rouleaux de la Mer Morte a mis à
jour bien des différences de sens entre ces écrits
et les Bibles actuelles.34
Pour plus d'informations, nous vous invitons à lire
simplement les pages d'introduction de beaucoup de Bibles
qui démontrent les difficultés liées
aux traductions.
Pour revenir au sujet qui nous concerne, nous ne pouvons exclure
la possibilité que la contradiction "Dieu visible –
Dieu invisible" ait pu surgir d'une erreur de copiste. L'âge
des écrits, les nombreuses mains entre lesquelles ils
sont passés pour être copiés, recopiés,
traduits, et révisés ont pu être la cause
d'imprécisions, voire de manipulations plus ou moins
volontaires. Il n'y a que peu de doutes qu'une erreur ait
pu s'immiscer ici ou là dans le texte, ou même
que des fragments aient été volontairement retirés
ou modifiés, ceci dans un souci de "clarté"
ou, pire, dans le but d'appuyer une doctrine pré-établie.
En tous les cas, les Saints
des Derniers Jours sont acquis à l'idée
que des éléments parfois importants manquent
dans les Bibles d'aujourd'hui. Fort de cette conviction, Joseph
Smith a recherché par l'inspiration à corriger
quelques-uns de ces écrits faisant défaut, ceci
dans le but de clarifier le véritable sens des versets.
En
ce qui nous concerne, il serait intéressant de nous
tourner vers les traductions inspirées35
suivantes :
Il
dit à Moïse: Tu ne peux pas voir ma face en ce
moment, de peur que ma colère ne s'allume aussi contre
toi, et que je ne te fasse périr, toi et ton peuple;
car aucun homme parmi eux ne peut me voir en ce moment, et
vivre, car ils sont extrêmement pécheurs. Et
il n’y a jamais eu de pécheur, et il n' y aura
jamais à aucun moment de pécheur qui verra ma
face et qui vivra.36
Puis
je retirerai ma main, et tu me verras par derrière,
mais ma face ne pourra être vue, comme à d'autres
moments; car je suis en colère contre mon peuple d'Israël.37
Personne
n'a jamais vu Dieu sans rendre témoignage du Fils;
car si ce n'est par son intermédiaire, nul ne peut
être sauvé.38
Personne
n'a jamais vu Dieu, si ce n'est ceux qui croient. Si nous
nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son
amour est parfait en nous.39
Ces interprétations inspirées sont intéressantes,
car elles ont la qualité de nous ouvrir à une
nouvelle façon de comprendre ces versets et de modifier
notre synthèse provisoire afin de la rendre plus précise:
nul homme ne peut voir Dieu et vivre, si ce n'est en se
libérant du péché et en rendant témoignage
du Fils de Dieu.
A titre de comparaison, il temps maintenant de revenir sur
le passage Esaïe précédemment cité;
je prie le lecteur d'être attentif au fait qu'Esaïe
craignait pour sa vie lorsqu'il vit le Seigneur en vision;
pas seulement parce qu'il voyait Dieu – événement
déjà extraordinaire en soit – mais surtout
parce qu'il le voyait alors qu’il se considérait
lui-même dans un état pécheur :
L'année
de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône
grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait
le sanctuaire. Des séraphins se tenaient au-dessus
de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face,
deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. Ils se criaient
l'un à l'autre ces paroles : "Saint, saint, saint est
Yahvé Sabaot, sa gloire emplit toute la Terre." Les
montants ses portes vibrèrent au bruit de ces cris,
et le Temple était plein de fumée. Alors je
dis : "Malheur à moi, je suis perdu! Car je suis un
homme aux lèvres impures, j'habite au sein d'un peuple
aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, Yahvé
Sabaot." L'un des Séraphins vola vers moi, tenant dans
sa main une braise qu'il avait prise avec des pinces sur l'autel.
Il m'en toucha la bouche et dit : "Voici, ceci a touché
tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché
est pardonné."40
Le parallèle entre l'expérience d'Esaïe
et la traduction de Joseph Smith d'Exode 33:20 est assez évident.41
Manifestement, la nature du péché d'Esaïe
(pardonné après le geste symbolique du Séraphin)
était moindre en comparaison avec celle du peuple d'Israël.
Les deux versets se rejoignent sur l'idée qu’être
exempt de péché est une condition sine qua
non pour voir Dieu.
Vivifié
par l'Esprit
A
présent, étudions une dernière condition
nécessaire pour voir Dieu. Ce n'est pas la moindre,
et c'est certainement la clé principale qui nous permettra
de résoudre la contradiction. C'est ce que nous appelons
dans l'Eglise
de Jésus-Christ des Saints des Dernier Jours
être "vivifié par l'Esprit", ou encore être
"transfiguré". Toute personne ayant lu le Nouveau Testament
connaît certainement l'épisode de Jésus-Christ
lorsqu'il fut transfiguré sur la montagne :
Il
fut transfiguré devant eux; son visage resplendit comme
le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la
lumière.42
De même, Moïse, descendant de la Montagne, avait
le visage illuminé de sa rencontre avec Dieu :
Moïse
descendit de la montagne de Sinaï, ayant les deux tables
du témoignage dans sa main, en descendant de la montagne;
et il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce
qu'il avait parlé avec l'Eternel. [...] Lorsque Moïse
eut achevé de leur parler, il mit un voile sur son
visage. Quand Moïse entrait devant l'Eternel pour lui
parler, il ôtait le voile jusqu'à ce qu'il sortît;
et quand il sortait, il disait aux enfants d'Israël ce
qui lui avait été ordonné. Les enfants
d'Israël regardaient le visage de Moïse, et voyaient
que la peau de son visage rayonnait; et Moïse remettait
le voile sur son visage jusqu'à ce qu'il entrât
pour parler avec l'Eternel.43
Il est relativement aisé de tirer un parallèle
entre ce verset-ci et l'expérience de la transfiguration
du Christ, les effets extérieurs étant les mêmes.
La Perle de Grand Prix nous apporte quelques précisions
supplémentaires et confirme toutes les suppositions
à ce sujet :
Et
il arriva que de nombreuses heures s'écoulèrent
avant que Moïse ne retrouvât sa force naturelle
d'homme; et il se dit: à cause de cela, je sais que
l'homme n'est rien, ce que je n'avais jamais supposé.
Mais mes propres yeux ont vu Dieu; mais pas mes yeux naturels,
mais mes yeux spirituels, car mes yeux naturels n'auraient
pu voir, car je me serais desséché et serais
mort en sa présence; mais sa gloire était sur
moi, et j'ai vu sa face, car j'étais transfiguré
devant lui.44
Le pouvoir de Dieu doit donc reposer sur la personne à
qui le Seigneur se dévoile, dans le but de la protéger
de sa grandeur, de sa gloire immense et insupportable pour
l'homme charnel et naturel. Lorsque les Ecritures disent que
nul homme n'a jamais vu Dieu, elles disent vrai car l'homme
dans son état naturel, sans être couvert de la
main du Seigneur, sans être "transfiguré", ne
saurait contempler la face de Dieu et vivre. Seul un état
transfiguré permet de voir avec des yeux spirituels
ce que les yeux naturels ne peuvent supporter - ce qui n'amoindrit
en rien la qualité et la réalité de l'apparition,
bien au contraire.
A mon sens, c'est à ce niveau-là que se situe
principalement la contradiction entre l'idée d'un Dieu
visible et celle d'un Dieu invisible, toutes deux présentes
dans nos bibles. Car il est vrai que nul homme n'a jamais
pu, en tous temps, ni ne pourra jamais contempler la face
de Dieu, dans son état charnel, naturel et pécheur.
Une purification et une transfiguration est nécessaire
pour pouvoir contempler, avec des "yeux spirituels", le Seigneur
dans sa gloire.
Conclusion
: savoir par le Saint-Esprit
Jusqu'à
présent, une grande quantité de savants et d'exégètes
se sont évertués à prendre le problème
dans un certains sens : Dieu est invisible, et toute Ecriture
qui dit le contraire doit être interprétée
de telle façon à ce qu'elle corresponde à
ce dogme. Mais nous avons vu qu'il y avait d'autres moyens
de résoudre cette contradiction – tout simplement
en abordant le même thème sous un angle différent
et en mettant en perspective des détails qui peuvent
nous guider sur la voie d'une bonne compréhension.
Je propose la conclusion finale suivante :
Nul
homme ne peut voir Dieu et vivre, si ce n'est dans un état
transfiguré, libéré du péché,
selon le bon vouloir de Dieu, après avoir acquis
et rendu témoignage du Fils de Dieu.
J'invite toute personne sincère à écouter
le message du Christ; non seulement celui qu'il a révélé
dans les temps anciens par ses prophètes et ses apôtres,
mais également celui qu'il a révélé
par ses prophètes et ses apôtres
en ces derniers jours, à commencer par le témoignage
même du prophète Joseph Smith. Si vous doutez
de la véracité de la Première Vision
de Joseph Smith – à savoir celle où Dieu
le Père et Jésus-Christ lui sont apparus –
je vous recommande de vous agenouiller devant notre Créateur
et de lui demander, au nom du Christ, en toute sincérité
et avec foi, si Dieu s'est bien révélé
à lui, sans ambiguïté, comme il l'a fait
avec Moïse et avec d'autres. Si vous le faites d'un cœur
sincère et avec une intention réelle, je vous
témoigne, que le Seigneur se manifestera à vous
par l'intermédiaire du St-Esprit - ou par tout autre
moyen qu'il jugera utile - et vous confirmera que le Dieu
du Ciel et de la Terre s'est manifesté en ces derniers
jours et a montré son visage à nouveau prophète
de Dieu: Joseph Smith.
Je témoigne que Dieu vit, que son Fils Jésus-Christ
est notre Sauveur et Rédempteur, qu'ils répondent
aux prières sincères, qu’ils nous aiment,
qu'ils veulent que nous connaissions la vérité
et retournions à eux.
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* = Remerciements
à Frédéric pour sa revue critique du texte.