Foi,
Grâce et oeuvres
par Marco
Introduction
: un débat ancestral
La
question du Salut et des rôles respectifs de la foi,
de la Grâce et des oeuvres est un débat en tout
cas aussi ancien que les débuts de la Réforme
du XVIe siècle, voire avant, dans une moindre mesure.
Depuis cinq siècles, les Eglises chrétiennes
sont partagées sur cette question cruciale: qu'est-ce
qui apporte le Salut à l'Homme? La foi ou les oeuvres?
Quel est le rôle de la Grâce de Jésus-Christ
dans le Salut?
Il semble que les Eglises protestantes,
issues de la Réforme, attribuent le Salut à
la Grâce seule de Jésus-Christ, selon le bon
vouloir de Dieu et sous la condition que l'Homme ait foi au
Fils de Dieu; à l'opposé, l'Eglise Catholique,
principalement, si elle admet la nécessité de
la Grâce pour le Salut de l'homme, elle affirme en revanche
que la famille humaine doit produire de bonnes oeuvres (en
plus de la foi) si elle veut espérer être sauvée
par cette Grâce.
Ainsi,
les théologiens de tous bords s'affrontent et le sujet
fait couler beaucoup d'encre.
L'Eglise
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a été
organisée le 6 avril 1830. Quelques mois avant, le
Livre de Mormon était imprimé et commençait
à être distribué. Ce livre sacré
aux yeux des Saints des Derniers Jours ("Mormons")
est également la Parole de Dieu, et il n'est pas autrement
étonnant qu'il contienne des chapitres entiers consacrés
tant au Sacrifice Expiatoire du Christ qu'à des sujets
importants tels que la Foi, les oeuvres et de manière
plus générale le Salut. Et pourtant un verset,
un seul tout petit verset résume en quelques mots la
position tant du Livre de Mormon, que de la jeune
Eglise (et de ceux et celles qui y ont adhéré)
sur ce sujet délicat :
Car
nous travaillons diligemment à écrire, pour
persuader nos enfants, et aussi nos frères, de croire
au Christ et d'être réconciliés avec Dieu;
car nous savons que c'est par la grâce que nous
sommes sauvés, après tout ce que nous pouvons
faire.1
Qui est l'Homme pour Dieu ?
Une
telle position met de côté l'idée selon
laquelle Dieu juge et désigne de manière arbitraire
ceux qui sont dignes de recevoir sa Gloire. Le Salut n'est
plus une simple question de bon vouloir du Seigneur seulement.
L'homme a des choix à faire, et il est responsabilisé
tant devant les Cieux que devant les Hommes.2
Ainsi, si les SDJ devaient prendre un parti entre les théologiens
catholiques et les théologiens protestants, ce ne serait
en tout qu'à pas du côté des Réformé
que la balance pencherait. (Notons que par rapport à
ce qui vient d'être dit, il est étonnant que
ceux qui acceptent l'idée de considérer le "mormonisme"
comme étant chrétien le rangent aussi invariablement
au sein du protestantisme...) Dieu ne sauve pas arbitrairement,
pas plus qu'il écarte qui que ce soit de la gloire
qu'il a en réserve pour ses enfants sans raison valable.
Pour
mieux comprendre la position "mormone", il faut aussi comprendre
quel est, selon le mormonisme, la raison d'être de l'existence
de l'homme sur la terre. De ce point de vue, les Etres humains
sont littéralement les enfants de Dieu - c'est-à-dire
que notre Père Céleste est le père
de l'esprit qui habite notre corps. Cela seul sous-entend
que notre esprit a été créé bien
avant notre corps. Cette vie avant notre naissance
en ce monde s'appelle la pré-existence. Nous
étions en compagnie de Dieu lorsqu'il créa la
terre, et nous étions de ces "fils [et filles]
de Dieu [qui] poussaient des cris de joie"3
à l'occasion de ce moment exceptionnel. Notre Père
Céleste nous a au préalable expliqué
qu'afin de progresser davantage et de lui ressembler plus
parfaitement4, nous devions recevoir
un corps de chair, et être confrontés à
tout ce que le monde physique peut proposer de douloureux
et d'agréable. Les choix que nous ferions pendant cette
vie terrestre détermineraient notre état de
bonheur après la résurrection.
Dieu,
dans sa pré-science, savait que la famille humaine
allait être imparfaite, et c'est la raison pour laquelle
il prévoya d'envoyer Jésus-Christ, afin que
si nous croyions en lui et nous repentions, nous puissions,
par sa Grâce, recevoir le pardon de nos péchés,
avoir la paix de Dieu dans notre vie5,
et retourner dans notre foyer céleste après
la résurrection; résurrection dont toute la
famille humaine bénéficierait gratuitement.6
Ainsi, si la résurrection (c'est-à-dire la réunification
de notre corps d'avec notre esprit) est complètement
gratuite (nous ne sommes responsables de notre mort physique),
notre état de bonheur après la résurrection
dépendrait de ce qu'ont été nos oeuvres
dans cette vie.
A ce stade-ci de l'explication,
il ne faut pas faire l'erreur (qu'ont faite de nombreux opposants
au mormonisme) et affirmer que le mormonisme enseigne un Salut
qui s'obtient par les oeuvres seules. Ceci est totalement
faux. Ce qu'ont été nos oeuvres ici-bas détermine
en effet le degré de gloire et de bonheur que nous
recevrons dans la vie à venir. Cependant, la possibilité
de recevoir le bonheur éternel, quelque qu'en soit
le degré, après la résurrection n'est
possible que grâce au Sacrifice expiatoire du Christ.
J'aurai l'occasion d'y revenir ultérieurement.
J'ai
pris de nombreux raccourcis pour expliquer le plan de Dieu
pour la famille humaine. Ce qui est important de garder en
mémoire dans la question du mormonisme de la foi, de
la Grâce et des oeuvres, c'est que nous avions, dans
un certain degré au moins, conscience des souffrances
et des tentations potentielles qu'une telle vie pourrait offrir,
et que c'est justement pour faire des choix, des
bonnes oeuvres et progresser que nous sommes ici-bas...
A la lumière de ces explications, il est impossible
pour les Saints des Derniers Jours (abrév.
SDJ) d'accepter une doctrine qui affirmerait que Dieu sauve
ou jette en enfer arbitrairement, selon son bon vouloir. Pas
plus qu'ils ne peuvent accepter un enseignement qui affirmerait
qu'une partie de la famille humaine irait en enfer simplement
parce qu'elle n'a jamais eu l'occasion de connaître
Christ et de l'accepter pour le pardon de ses péchés.7
Dieu ne peut pas simplement mettre d'un côté
les quelques centaines de millions de chrétiens qui
sont sauvés parce qu'ils ont accepté Christ,
quelque soit la façon dont ils ont dirigé leur
vie, et de l'autre les milliards de damnés parce qu'ils
n'ont jamais pu accepter Christ, combien même
leur façon de vivre eut été excellente.
C'est pour moi une doctrine profondément injuste.
Paroles de Paul : le Salut par la foi ?
Pourtant,
lorsqu'on lit la Bible et qu'on se penche tout particulièrement
sur les épîtres pauliennes, on lit des passages
qui, sans une lecture plus attentive, pourraient donner l'impression
que les oeuvres que nous produisons dans cette vie n'ont strictement
aucun rapport avec notre Salut. Je propose que nous passions
en revue quelques-uns de ces passages :
Or,
si c'est par grâce, ce n'est plus par les oeuvres;
autrement la grâce n'est plus une grâce. Et
si c'est par les oeuvres, ce n'est plus une grâce;
autrement, l'oeuvre n'est plus une oeuvre.8
Car
nul ne sera justifié devant lui par les oeuvres de
la loi, puisque c'est par la loi que vient la connaissance
du péché.9
Néanmoins,
sachant que ce n'est pas par les oeuvres de la loi que l'homme
est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ,
nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être
justifié par la foi en Christ et non par les oeuvres
de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée
par les oeuvres de la loi.10
Et
que nul ne soit justifié devant Dieu par la loi,
cela est évident, puisqu'il est dit : Le juste vivra
par la foi.11
Et
que quiconque croit est justifié par lui de toutes
les choses dont vous ne pouviez être justifiés
par la loi de Moïse.12
Car
nous pensons que l'homme est justifié par la foi,
sans les oeuvres de la loi.13
Ces
quelques extrais ne sont pas exhaustifs mais ils sont, à
mon avis, assez représentatifs des Ecritures sur lesquelles
se basent les Protestants ou les Evangéliques pour
affirmer que seule la foi peut sauver, par la Grâce
de Jésus-Christ.
Ce
serait cependant une erreur que de s'arrêter sur ces
passages seuls. Pour comprendre réellement ce que voulait
dire Paul en matière de Salut, nous devons non seulement
confronter ces versets à d'autres paroles de Paul,
mais nous devons en outre les comparer avec d'autres versets
de la Bible. C'est seulement par ce moyen que nous dégagerons
une harmonie à partir de laquelle nous pourrons comprendre
la réelle signification de ces passages. Au préalable,
lisons l'avertissement de Pierre à propos de Paul et
de ses écrits :
Croyez
que la patience de notre Seigneur est votre salut, comme notre
bien-aimé frère Paul vous l'a aussi écrit,
selon la sagesse qui lui a été donnée.
C'est ce qu'il fait dans toutes les lettres, où il
parle de ces choses, dans lesquelles il y a des points difficiles
à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal
affermies tordent le sens, comme celui des autres Ecritures,
pour leur propre ruine.14
Voyons
à présent ce que d'autres versets disent sur
le thème de la foi, des oeuvres, et de la grâce.
Contradictions ?
Commençons
par Paul, puisque c'est de Paul qu'émanent les versets
ci-dessus. Après chaque verset, je propose un commentaire
ou une question en lien avec ce qui a été précédemment
affirmé.
Ce
ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui
sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent
en pratique qui seront justifiés. (...) C'est ce
qui paraîtra au jour où selon mon Evangile,
Dieu jugera par Jésus-Christ les actions secrètes
des hommes.15
Ces
versets semblent contredire totalement ce qui a précédemment
été établi : ceux qui pratiquent
les oeuvres de la loi seront justifiés. Christ sera
juge des hommes, et il exercera ce jugement en regard de leurs
"actions secrètes", donc de leurs oeuvres.
Cette
parole est certaine, et je veux que tu affirmes ces choses,
afin que ceux qui ont cru en Dieu s'appliquent à
pratiquer de bonnes oeuvres. Voilà ce qui est bon
et utile aux hommes.16
Si
les bonnes oeuvres découlent automatiquement de la
conversion, quelle nécessité y a-t-il à
encourager de telles pratiques, puisqu'elles devraient aller
de soi ?
Car
il nous faut tous comparaître devant le tribunal de
Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou
le mal qu'il aura fait, étant dans son corps.17
Chaque
homme sera jugé selon ses oeuvres.
Mais
par ton endurcissement et par ton coeur impénitent,
tu t'amasses un trésor de colère pour le jour
de la colère et de la manifestation du juste jugement
de Dieu, qui rendra a chacun selon ses oeuvres : réservant
la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance
à bien faire, cherchent l'honneur, la gloire et l'immortalité;
mais l'irritation et la colère ceux qui, par esprit
de dispute, sont rebelles à la vérité
et obéissent à l'injustice. (...) Gloire honneur
et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif premièrement,
puis pour le Grec !18
Remarquez
ici que Dieu donne la vie éternelle à ceux qui
persévèrent "à bien faire"; son
jugement est juste, et non arbitraire.. On réaffirme
ici que Dieu "rendra à chacun selon ses oeuvres."
Celui
qui plante et celui qui arrose sont égaux, et chacun
recevra sa propre récompense selon son propre travail.19
A
nouveau, ce sont les oeuvres qui déterminent la récompense
que Dieu donnera.
Ne
nous lassons pas de faire le bien; car nous moissonnerons
au temps convenable, si nous ne nous relâchons pas.
Ainsi donc, pendant que nous en avons l'occasion, pratiquons
le bien envers tous, et surtout envers les frères
en la foi.20
On
fait ici un lien direct entre les oeuvres et les récompenses
de Dieu. Notez à présent ce verset très
intéressant :
Ce
n'est pas que j'aie déjà remporté le
prix, ou que j'aie déjà atteint la perfection;
mais je courss pour tâcher de le saisir,
puisque moi aussi j'ai été saisi par Jésus-Christ.
Frère, je ne pense pas l'avoir saisi; mais je fais
une chose: oubliant ce qui est en arrière et me portant
vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter
le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ.21
Si
Paul se considérait déjà sauvé
par la foi, pourquoi donc exprimait-il le besoin de courir
"vers le but"? Ainsi, après avoir été
"saisi par Jésus-Christ", il faut encore produire des
bonnes oeuvres afin de "remporter le prix de la vocation céleste
de Dieu". Etudions encore cette dernière mention de
Paul au sujet des oeuvres, après quoi nous étudierons
d'autres verset du Nouveau Testament :
Ne
savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent
tous, mais qu'un seul remporte le prix ? Courez de manière
à le remporter. Tous ceux qui combattent s'imposent
toute espèce d'abstinences, et ils le font pour obtenir
une couronne corruptible; mais nous, faisons-le pour une
couronne incorruptible. Moi donc, je cours, non pas comme
à l'aventure; je frappe, non pas comme battant de
l'air. Mais je traite durement mon corps et je le tiens
assujetti, de peur d'être moi-même rejeté,
après avoir prêché aux autres.22
Deux
choses à relever : remarquez ici que Paul reconnaît
explicitement que s'il ne se garde pas de produire des mauvaises
oeuvres, il peut être "rejeté" par Dieu. D'autre
part, on note à nouveau l'idée qu'après
la conversion il faut produire de bonnes oeuvres pour obtenir
la "couronne incorruptible", à savoir la Vie Eternelle.
Comment donc certains affirment-ils être sauvés
simplement parce qu'ils sont convertis à Christ, alors
que Paul ne prétendait rien de tel ?
Nous
pourrions mentionner encore de nombreux autres versets tirés
d'épîtres de Paul, mais j'en resterai là
pour l'heure. Citons plutôt les passages suivants, issus
d'autres livres du Nouveau Testament :
Ceux
qui me disent : Seigneur, Seigneur! n'entreront pas tous
dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui
fait la volonté de mon Père qui est dans les
cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur,
Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par
ton nom? N'avons-nous pas chassé des démons
par ton nom? Et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles
par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous
ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez
l'iniquité.
C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis
et les met en pratique, sera semblable à un homme
prudent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie
est tombée, les torrents sont venus, les vents ont
soufflé et se sont jetés contre cette maison:
elle n'est point tombée, parce qu'elle était
fondée sur le roc. Mais quiconque entend ces paroles
que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable
à un homme insensé qui a bâti sa maison
sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont
venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison:
elle est tombée et sa ruine a été grande.23
Car
le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père,
avec ses anges; et alors il rendra à chacun selon
ses oeuvres.24
Pourquoi
m'appelez-vous Seigneur, Seigneur! et ne faites-vous pas
ce que je dis ?25
Et
il dit aux Juifs qui avaient cru en lui: Si vous demeurez
dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples.26
Et
si vous invoquez comme Père celui qui juge selon
l'oeuvre de chacun, sans acception de personnes, conduisez-vous
avec crainte pendant le temps de votre pèlerinage.27
Car
c'est le moment où le jugement va commencer par la
maison de Dieu. Or, si c'est par nous qu'il commence, quelle
sera la fin de ceux qui n'obéissent pas à
l'Evangile de Dieu ? Et si le juste se sauve avec peine,
que deviendront l'impie et le pécheur ?28
Et
je vis les morts, les grans et les petits, qui se tenaient
devant le trône. Des livres furent ouverts. Et un
autre livre fut ouvert, celui qui est le livre de vie. Et
les morts furent jugés selon leurs oeuvres, d'après
ce qui était écrit dans ces livres.29
Foi et oeuvres : complémentarité
Pour
résumer ce qui précède, nous avons donc
d'un côté Paul qui affirme que l'homme n'est
pas justifié par ses oeuvres mais par la foi seule,
et de l'autre nous avons toujours Paul, et d'autres versets
bibliques, qui affirment que la foi seule ne suffit pas, que
des efforts substantiels doivent être produits pour
recevoir la plus grande gloire que Dieu réserve à
l'homme, et que nous seront jugés en fonction de nos
oeuvres. Il y a de quoi se poser des questions, voire d'être
troublé par ce qui semble être une profonde contradiction.
Mais devons-nous penser que Paul contredit Paul, et que la
Bible est inconstante? Pour répondre à cette
question, examinons des versets tirés de l'Epître
de Jacques d'une part, et des versets tirés du Livre
de Mormon d'autre part pour nous aider à harmoniser
ces passages. Commençons par Jacques :
Mes
frères, que sert-il à quelqu'un de dire qu'il
a la foi, s'il n'a pas les oeuvres? La foi peut-elle le sauver
?
Si un frère ou une soeur sont nus et manquent de nourriture
de chaque jour,
et que l'un d'entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous
et vous rassasiez! et que vous ne leur donniez pas ce qui
est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il
?
Il en est ainsi de la foi: si elle n'a pas les oeuvres,
elle est morte en elle-même.
Mais quelqu'un dira : Toi, tu as la foi; et moi, j'ai les
oeuvres. Montre-moi ta foi sans les oeuvres, et moi je te
montrerai la foi par mes oeuvres.
Tu crois qu'il y a qu'un seul Dieu, tu fais bien; les démons
le croient aussi, et ils tremblent.
Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans
les oeuvres est inutile ?
Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié
par les oeuvres, lorsqu'il offrit son fils Isaac
sur l'autel ?
Tu vois que la foi agissait avec ses oeuvres, et que
par les oeuvres la foi fut rendu parfaite.
Ainsi s'accomplit ce que dit l'Ecriture : Abraham crut à
Dieu, et cela lui fut imputé à justice; et il
fut appelé ami de Dieu.
Vous voyez que l'homme est justifié par les oeuvres,
et non par la foi seulement.
Rahab la prostituée ne fut-elle pas également
justifiée par les oeuvres, lorsqu'elle reçut
les messagers et qu'elle les fit partir par un autre chemin
?
Comme le corps sans âme est mort, de même
la foi sans les oeuvres est mortes.30
Quels
versets merveilleux! Quelle affirmation splendide et de grande
clareté ! Qu'est-ce que la foi sans les oeuvres ? Rien.
La foi serait, par définition, une croyance accompagnée
d'oeuvres. On pourrait dire que la foi sans les oeuvres n'est
pas vraiment la foi. Ainsi, se demander si c'est la foi ou
les oeuvres qui permettent de sauver l'homme est un faux débat
: ce sont les deux qui le sanctifient et le rendent acceptables
devant Dieu.
Ainsi, devons-nous penser
que parce que nous avons accepté Christ dans notre
coeur, nous sommes sauvés ? Nous le sommes, à
condition que nos oeuvres accompagnent notre foi et viennent
la confirmer. Il n'y a pas de Salut par la foi seule,
pas plus qu'il n'y a de salut par les oeuvres seules.
Il y a une complémentarité - davantage même:
il y a une interdépendance entre ces deux
notions : la vraie foi est liée aux bonnes oeuvres,
et les deux ensemblent serviront de base pour le Salut.
Que
devons-nous donc comprendre lorsque Paul affirme, comme cela
a été cité plus haut, que l'homme est
justifié par la foi, et non par les oeuvres? Comprenons
tout d'abord - et cela est important - que lorsque Paul parle
des oeuvres, il parle spécifiquement des oeuvres de
la loi, en d'autres termes l'obéissance pratique
à la loi. Pourquoi donc l'obéissance à
la loi n'aurait-elle pas directement, et à elle seule,
le pouvoir de sauver ? Parce que la loi, c'est-à-dire
la loi de Moïse, était une image, une préparation
pour Israël à la venue du Christ. C'était
en vue de préparer le peuple que la loi était
donnée, avec ses très nombreux symboles représentant
la mission du Messie et la nouvelle loi qui allait être
révélée: celle de la foi.
Paul ne dit pas que l'on ne doit plus obéir à
la loi parce qu'elle ne sauve pas; il affirme que la loi
n'a pas le pouvoir intrinsèque de sauver
! En d'autres termes:
c'est grâce à Jésus-Christ que nous sommes
sauvés et par le sacrifice expiatoire qu'il a fait
pour l'humanité; les bonnes oeuvres et la foi nous
permettent de bénéficier de cette Grâce,
mais aucune loi n'a le pouvoir en elle-même
de sauver; elle ne fait que "qualifier" pour le Salut (qui
s'obtient par la Grâce) si elle est suivie. Voyons par
exemple ces propos tenus par un prophète du Livre de
Mormon, Abinadi :
Et
de plus, je vous dis que le salut ne vient pas par la loi
seule; et s'il n'y avait pas l'expiation, que Dieu lui-même
fera pour les péchés et les iniquités
de son peuple, il devrait périr, malgré la loi
de Moïse.
Et maintenant, je vous dis qu'il était nécessaire
qu'une loi fût donnée aux enfants d'Israël,
oui, une loi très stricte; car ils étaient un
peuple au cou roide, prompt à commettre l'iniquité
et lent à se souvenir du Seigneur, son Dieu;
c'est pourquoi il y eut une loi qui leur fut donnée,
oui, une loi d'observances et d'ordonnances, une loi qu'ils
devaient observer strictement de jour en jour, pour garder
en eux le souvenir de Dieu et de leur devoir envers lui.
Mais voici, je vous dis que toutes ces choses-là
étaient des figures de choses à venir.
Et maintenant, comprenaient-ils la loi? Je vous le dis: non,
ils ne comprenaient pas tous la loi; et cela à cause
de l'endurcissement de leur cœur; car ils ne
comprenaient pas qu'aucun homme ne pouvait être sauvé,
si ce n'était par la rédemption de Dieu.
Car voici, Moïse ne leur a-t-il pas prophétisé
que le Messie viendrait, et que Dieu rachèterait son
peuple? Oui, et même tous les prophètes qui ont
jamais prophétisé depuis le commencement du
monde, n'ont-ils pas parlé plus ou moins de ces choses?31
Ce
que tant Paul qu'Abinadi disent, ce n'est pas que nous devons
cesser de faire des bonnes oeuvres ou que celles-ci n'ont
pas d'influence dans le Salut, mais que nos oeuvres et notre
obéissance à Dieu n'ont de valeur qu'en raison
du Sacrifice expiatoire du Christ, et qu'elles n'ont pas le
pouvoir intrinsèque de sauver. Reprenons les premiers
versets de Paul cités plus haut; relisons-les avec
cette nouvelle perspective: nous comprenons immédiatement
qu'il n'y a aucune contradiction entre l'affirmation selon
laquelle les oeuvres ne sauvent pas (elles n'en ont intrinsèquement
pas le pouvoir) et celle qui dit que nul ne peut être
sauvé sans les oeuvres (puisqu'elles qualifient pour
le Salut et accompagnent la foi). Ce contre quoi Paul, Jacques
et Abinadi se lèvent, c'est une idolâtrie
de la loi que Dieu a donnée, alors que toute l'attention,
la foi et l'adoration doivent être rendues à
Dieu et à son Fils, Jésus-Christ. Le Sauveur
a par ailleurs affirmé :
Si
vous m'aimez, gardez mes commandements.32
Voyons
encore ce que dit ici Paul :
Car
- chose impossible à la loi, parce
que la chair la rendait sans force, - Dieu a condamné
le péché dans la chair, en envoyant, à
cause du péché, son propre Fils dans
une chair semblable à celle du péché,
et cela afin que la justice de la loi fût accomplie
en nous, qui marchons non selon la chair, mais selon l'esprit.33
En
outre, j'apprécie le commentaire de Joseph Fielding
Smith sur la question des contextes dans lesquels se placent
respectivement le discours de Paul sur le Salut par la foi
et celui de Jacques sur le Salut par les oeuvres:
Il
y a dans le monde chrétien diverses opinions concernant
ce qui est nécessaire pour réaliser le salut
des hommes. Il y en a qui ont accepté très littéralement,
mais sans en comprendre la signification, cette parole de
Paul aux Ephésiens : "Car c'est par la grâce
que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi.
Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est
point par les oeuvres afin que personne ne se glorifie." (Ephésiens
2:8,9)
Ceux qui acceptent cette idée aussi littéralement
qu'elle est rapportée, sans se référer
au contexte, oublient ou rejettent l'épître de
Jacques qui, pour eux, enseigne apparemment une doctrine très
différente (...).
Je voudrais faire ressortir pourquoi il n'y a absolument aucun
conflit entre les enseignements de ces deux apôtres
d'autrefois; que Paul enseignait la doctrine qu'enseignait
Jacques, et que Jacques était parfaitement d'accord
avec la doctrine qu'enseignait Paul: le fait étant
qu'ils abordaient le sujet sous des angles différents.
Paul avait affaire à des gens qui croyaient qu'un homme
ne pouvait être sauvé que s'il obéissait
à la loi de Moïse - qu'il se trouvait plus ou
moins sous la nécessité de se sauver lui-même
- et qui niaient le plein pouvoir de l'expiation de Jésus-Christ.
D'autre part, Jacques défendait la nécessité
des oeuvres, s'opposant à l'idée qui régnait
chez d'autres, qui professaient avoir foi au Christ, que s'ils
avaient la foi, c'était tout ce qu'il fallait. Ils
abordaient donc ce sujet à partir de points de vue
différents et chacun d'eux enseignait la vérité.34
Conclusion : beaucoup de bruit pour rien
?
Pour
résumer la position de l'Eglise de Jésus-Christ
des Saints des Derniers Jours en matière de Salut,
je répète ce que j'ai déjà dit
maintenant plusieurs fois : l'Homme reçoit une plénitude
de gloire et devient co-héritier du Christ s'il fait
preuve de foi en Christ et produit de bonnes oeuvres tout
au long de sa vie. Ceux qui n'ont pas eu l'occasion de connaître
leur Sauveur et l'Evangile qui a été enseigné
ici-bas l'entendront après la mort, alors qu'ils attendent
leur résurrection, comme l'a enseigné Pierre.35
Ainsi, un jugement juste et miséricordieux attend chaque
homme et femme qui a traversé cette vie sur terre.
Nous ne devons pas penser que Dieu est injuste, pas plus qu'il
ne jette en enfer ceux qui n'ont pu le connaître
alors qu'ils l'auraient accepté s'ils en avaient eu
l'occasion...
Finalement,
on se demande en quoi le discours des SDJ et des Protestants
serait radicalement différent sur ce point-là.
Les derniers affirment que les bonnes oeuvres sont la suite
logique de la foi, ce avec quoi les premiers seront assez
d'accord. Ce qui change quelque peu, c'est la place que prennent
les oeuvres dans le Salut de Dieu : pour les "Mormons", Dieu
juge en fonction de la foi et des oeuvres,
alors que pour les Réformés (et les Eglises
qui en découlent) le Seigneur ne tient pas compte des
oeuvres dans son jugement. Mais l'un et l'autre affirment
unanimement (et l'on pourrait inclure dans cette affirmation
la chrétienté en général) que
la foi sans les oeuvres est morte, et que l'un ne va pas sans
l'autre. Pourquoi donc certains Chrétiens font-ils
tant de scandale au sujet de la doctrine des SDJ ? Pourquoi
certains en viennent à affirmer que le mormonisme enseigne
un Salut par les oeuvres seules, niant la foi et le pouvoir
de la Grâce du Fils de Dieu ? Pourquoi, enfin, voir
ce qui nous sépare alors que beaucoup d'autres choses
nous réunissent, à savoir la reconnaissance
pour le Sacrifice expiatoire du Christ qui, grâce à
sa mort et sa résurrection, nous donne la Grâce
qui sauve ?
Ces questions resteront sans réponse. J'espère
néanmoins que les explications données ci-dessus
permetteront à chacun de comprendre ce qu'enseigne
réellement l'Eglise de Jésus-Christ des
Saints des Derniers Jours en matière de Salut,
et que cet enseignement est en totale harmonie avec la Bible.