L’apologétique consiste à défendre une doctrine face à la critique. En l’occurence, défendre le mormonisme n’est pas toujours une chose simple. D’abord parce que l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (abrév. EJCSDJ) a pris soin, dès sa fondation, de noter et archiver tous les évènements importants et discours d’autorités ecclésiastiques ; que ce soit "Journal of Discourses", ou "History of the Church", ou de nombreux autres périodiques et livres - toutes ces informations sont aisément accessibles au grand public et constituent autant de sources faciles à utiliser pour critiquer l’institution qui les ont produites. Ensuite, en raison de ses affirmations parfois audacieuses et de certains points de doctrines, elle est la cible particulière de tous les chasseurs de sorcières et autres inquisiteurs des temps modernes.
Néanmoins, et nous le verrons dans cet article, les "critiques" et autres "anti-mormons", ne sont pas uniquement porteurs d’éléments négatifs. En plus du fait que par leur biais de nombreux non-Mormons ont rejoint l’Eglise, et ce malgré certains travaux au contenu et à la méthode parfois malhonnêtes, certaines critiques ont amené des Saints des Derniers Jours (abrév. SDJ) à s’interroger davantage sur leur religion et à rechercher un témoignage par le Saint-Esprit de la véracité de son message. Dans certains cas même, ces remarques ont amené des groupes de savants à s’assembler pour mener des recherches scientifiques dans le but de corroborer les affirmations audacieuses de leur doctrine. En fin de compte, ceux qui se sont à ce jour élevés contre l’Eglise dans le but de la détruire se sont bien souvent avérés être d’excellents outils de prosélytisme, une motivation pour de nombreux membres de l’Eglise pour rechercher un témoignage plus fort, et le moteur de certaines recherches et découvertes scientifiques passionnantes.
Là n’est cependant pas l’objectif des groupes, organisations ou individus qui entreprennent d’étudier le mormonisme dans le but de le critiquer. Afin que leurs écrits puissent finalement tourner à l’avantage des Saints des Derniers Jours pour leur édification, il convient d’étudier leurs méthodes et la construction discursive de leurs propos, afin d’en dégager non seulement leurs intentions (souvent cachées sous des signes annonciateurs de bonne volonté) mais également les procédés douteux quand il y en a.
Ci-dessous, je propose que, après avoir clarifié le sens des termes attribués aux acteurs de la critique et la défense de l’Eglise, nous nous penchions d’abord sur l’œuvre de l’apologète. Nous étudierons ensuite l’anti-mormonisme lui-même : ses postulats, ses tactiques, et ses pôles principaux de critiques, pour ensuite revenir sur l’apologétique mormone et son impact sur le lecteur comme le rédacteur. Une courte conclusion terminera cet article.
Proposition de terminologies
Critiques, apologètes, anti-mormons... Qui est qui ? Qui fait quoi ? Quelles différences ?
Le critique, pour commencer, n’est pas à confondre avec "l’anti-mormon", même si dans l’usage courant l’un et l’autre ne sont que très rarement différenciés. Le critique se distingue de l’anti-mormon avant tout au niveau des intentions. L’un et l’autre peuvent parfois tenir le même discours sur un même sujet, mais la motivation première du critique est de commenter, dénoncer ou appuyer un principe, ou une organisation, sur la base de son raisonnement. En d’autres termes, son exercice a avant tout comme objectif de proposer un certain éclairage sur un sujet donné. En règle général, il est sensé avoir conscience de sa propre subjectivité, et donc saurait être auto-critique. Dans le cadre du mormonisme, il n’a pas comme objectif de nuire à l’Eglise ou à ses membres d’une façon ou d’une autre. Sa propre philosophie et ses a priori ont certainement un impact inévitable sur son opinion du mormonisme, mais débarrassé d’une motivation malsaine, il sait reconnaître les limites de sa réflexion et conserver le contexte originel du sujet qu’il étudie. Le vrai critique est un oiseau rare : il n’entre pas dans les débats futiles ; il arrive dans un lieu de discussion, donne son opinion ou partage ses connaissances, mais se retire la plupart du temps dès que les échanges deviennent partisans. Le critique est souvent aconfessionnel ou capable d’un "oubli de soi" et de prendre de la distance avec ses croyances.
L’anti-mormon se distingue du critique dans sa volonté ciblée de porter atteinte directement au mormonisme, voire à ses membres. L’objectif de son intervention est avant tout d’influencer le lecteur sur le caractère malsain, selon son appréciation, du "mormonisme". Ce point de vue le positionne ipso facto dans une logique agressive où bien souvent "la fin justifie les moyens". Si les premiers anti-mormons (ceux du XIXe siècle) s’armaient de fusils, de goudron et de plumes pour persécuter et décourager les Saints des Derniers Jours, ainsi que tous ceux qui exprimeraient de la sympathie envers eux, ceux d’aujourd’hui frappent à coup d’articles aux titres provocateurs, de demi-vérités, et d’approches décontextualisées des croyances et faits historiques du mormonisme. Rarement sensibles à aux approches factuelles globales, ils préfèrent "trouver la phrase qui tue", le scandale d’untel, ou les manquements de tel autre. Leurs textes se caractérisent par un choix langagier sensationnaliste, appuyés par des soulignements, des mises en italiques et des caractères grossis ou mis en gras, dans le but d’amener le lecteur dans une position induite et délicate, "face au mur", ou la réponse à une question mal posée est déjà donnée. Quand il a un semblant de choix, le lecteur est introduit dans une logique binaire souvent peu pertinente. Contrairement aux idées reçues, la majorité des anti-mormons ne sont pas d’anciens membres de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. La plupart sont des activistes religieux (parfois athées), dont la principale motivation est de "prêcher pour leur paroisse", et de porter atteinte à la "concurrence". Le mormonisme est, justement, une très importante concurrence aux yeux de ces "ministères rétribués" ("paid ministry"), chargés qu’ils sont de réduire le flot de conversions vers le mormonisme en présentant une image biaisée de l’EJCSDJ. Si l’anti-mormonisme n’est pas l’apanage d’un seul groupement religieux (quelques Catholiques, Réformés, Musulmans, Témoins de Jéhovah, etc. s’y sont tous prêtés une fois ou l’autre), c’est néanmoins dans les courants chrétiens évangéliques que s’organise la "résistance" la plus importante : sites Internet, livres et brochures, manifestations sur la voie publique, prêches dans les églises, profanations, etc. S’ils sont souvent plus prudents aujourd’hui, les anti-mormons, de par leurs présupposés, se sont parfois accrochés à des idées saugrenues, comme c’était le cas, par exemple, de la question sur l’origine du Livre de Mormon (théories de Spaulding, d’Adam Smith, de Shakespear...).
L’apologète est par excellence un "défenseur de la foi". L’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours en compte de nombreux et quelques célèbres (Roberts, Nibley, Peterson, Tvedtnes, Lindsay, Gee, Shirts, etc.). Ces SDJ (pour la plupart) ne sont en règle général pas mandatés par l’Eglise pour faire ce qu’ils font ; ils prennent cette responsabilité sur eux-même pour défendre ce qu’ils considèrent être des attaques contre leur foi. Pas le biais d’articles et de livres, le travail principal de l’apologète est de reprendre les critiques issues des milieux anti-mormons et de décrire les erreurs de raisonnements, de soulever les manipulations linguistiques, de condamner le mensonge en révélant la vérité, et de re-contextualiser. Le "bon" apologète sait admettre son erreur, et s’efforcera de modifier un de ses textes lorsqu’il est avéré qu’il contient des éléments perfectibles. Il n’utilise pas, ou ne devrait jamais faire usage, de propos agressifs, d’insultes ou d’attaques ad hominem. Son propos devrait s’exprimer par un juste équilibre entre connaissances (scientifiques, historiques, scripturaires), foi et charité. Il doit reconnaître ses limites, accepter les critiques pertinentes et l’admettre lorsque ses connaissances ne lui permettent pas de répondre par une défense cohérente. En même temps, l’apologète doit chercher à éviter les pièges dans lesquels les anti-mormons tombent si facilement, comme la prédominance idéologique, et la décontextualisation : il doit faire en sorte que sa foi ne déguise pas ses croyances en vérités objectives, et à faire usage de méthodes discutables, voire malhonnêtes. Dans une certaine mesure, il se doit également de s’attaquer aux mythes créés par les membres de l’Eglise eux-mêmes, combien même cela reviendrait à remettre en question les idées personnelles de membres éminents.
... Qu’en est-il de la réalité ?
Si ces trois caricatures ont comme avantage de présenter un "who’s who" clair et distinct, elles sont cependant difficilement applicables dans la réalité. En général, les anti-mormons ne se présentent pas tels qu’ils sont décrits ci-dessus ; la plupart d’entre eux se posent en victimes du mormonisme, affirmant qu’ils se sentent "agressés" par les doctrines de l’Eglise. Certains invoquent même leur droit d’attaquer le mormonisme au nom de la "défense du christianisme", [1] inversant ainsi les rôles en se plaçant dans la position des apologètes et attribuant aux SDJ celle des agresseurs. La plupart du temps, ils se présentent en "critiques" du mormonisme, ou en "commentateurs", ou par d’autres termes qui ne sont pas toujours représentatifs de leurs réelles intentions. Les critiques, quant à eux, ne sont en réalité jamais totalement objectifs, l’impartialité complète n’étant pas le point fort de la majorité des êtres humains. Même ceux qui sont à placer dans cette catégorie partent toujours de certains postulats sur lesquels ils fondent leurs propos. Par ailleurs cette position plus modérée qu’est la leur est souvent revendiquée par les anti-mormons. Certains apologètes ne sont pas non plus des anges. La tentation est parfois forte d’utiliser les tactiques que j’attribue ici aux opposants à l’Eglise : coupures malhonnêtes de citations, utilisation décontextualisée de certains actes et propos, etc. D’autres profitent de leur position de défenseurs pour critiquer les croyances et la religion d’autrui d’une manière aussi répréhensible que celle utilisée par les anti-mormons.
Bref, le tableau du début, dans lequel l’apologétique mormone s’inscrit, ressemble dans les faits davantage à une toile où les couleurs les plus variés et les dégradés les plus subtils s’étalent dans une sorte de continuum, qu’à un drapeau tricolore à la française ou à l’italienne. Le scénario du western "Le bon, la brute et le truand" n’y trouve qu’une application très relative, dans la mesure où tous ne sont pas forcément mal intentionnés, tous ne sont pas forcément neutres, et tous ne sont pas forcément de dignes défenseurs de la foi. Il serait bien plus juste de parler en termes de tendances que d’absolus. Si tout ce beau monde se dissout dans un ballet d’opinions où il semble qu’il n’y ait, sous leur forme absolue, "ni bon, ni méchant", comment peut-on prétendre dans ce cas étiqueter untel de telle manière, et de façon différente un autre ?
Pour répondre à cette question, il faut continuellement s’interroger sur ce que sont les intentions des auteurs. Veut-on "vendre" une autre religion ? Veut-on convertir ? Comment ? Cherche-t-on ouvertement à détourner le lecteur de la religion étudiée ? Pourquoi ? Cherche-t-on seulement à soumettre certains commentaires et critiques ? Essaye-t-on de défendre une confession, avec ou sans visée prosélyte ? A ces questions peuvent encore s’ajouter celles-ci : se trouve-t-on dans une situation où il n’est pas permis d’envisager des conclusions différentes que celles des auteurs ? Ouvre-t-on la voie à d’autres perspectives ? Le discours est-il manipulateur ? Y a-t-il un amalgame entre faits incontestables, déductions, inductions et opinions ? Bref ! Si l’on veut chercher à connaitre dans quelle tendance s’inscrit un auteur ou un autre, il ne faut pas se lasser d’interroger les textes, à défaut d’avoir d’autres informations sous la main ou des aveux dignes de confiance.
Ceci étant posé, on est en droit de demander si, dans le fond, ce n’est pas uniquement l’argument qui est important. N’est-ce pas se lancer dans un procès d’intention que de s’intéresser aux objectifs des critiques et des anti-mormons ?
Oui, l’argument est très important, et c’est pour ça que des apologètes écrivent des livres ou rédigent des articles où ils s’attaquent aux problèmes de fond ; et dans leur grande majorité, ce sont des réponses à des questions ou des critiques spécifiques. Néanmoins, le fait de pouvoir inscrire certains auteurs dans une démarche plutôt qu’une autre permet au lecteur de prendre de la distance avec les textes qu’il lit. D’autre part, ces préliminaires amènent des réponses à certaines questions liées à l’objectivité des auteurs : s’ils critiquent une religion, dans quel cadre idéologique s’inscrivent-ils eux-mêmes ? Leur croyance est-elle un frein pour le bien de l’objectivité ? En outre, après qu’un certains nombre d’abus a été constaté, il est naturel que le lecteur cherche à connaitre la position de l’auteur afin de trouver une explication plus ou moins rationnelle aux raisons qui motivent de telles méthodes. A l’inverses, un sujet particulièrement bien traité mettra en confiance le même lecteur.
L’oeuvre de l’apologète
Après ces quelques préliminaires, entrons dans le monde de l’apologétique mormone et voyons en quoi consiste cette démarche.
L’œuvre apologétique mormone existe depuis le début du mormonisme. Du temps de Joseph Smith déjà et des premiers convertis, des voix s’étaient élevées pour accuser les fondements de cette nouvelle religion. A 14 ans déjà [2], alors que le jeune Joseph affirmait avoir reçu la visite du Père et du Fils, les premières persécutions, railleries et menaces firent leur apparition :
Cependant, je m’aperçus bientôt que le fait de raconter mon histoire m’avait beaucoup nui auprès des adeptes des autres confessions et était la cause d’une grande persécution, qui allait croissant ; et quoique je fusse un garçon obscur de quatorze à quinze ans à peine, et que ma situation dans la vie fût de nature à faire de moi un garçon sans importance dans le monde, pourtant des hommes haut placés me remarquèrent suffisamment pour exciter l’opinion publique contre moi et provoquer une violente persécution ; et ce fut une chose commune chez toutes les confessions : toutes s’unirent pour me persécuter.
Je me fit sérieusement la réflexion alors, et je l’ai souvent faite depuis, qu’il était bien étrange qu’un garçon obscur, d’un peu plus de quatorze ans, qui, de surcroit, était condamné à la nécessité de gagner maigrement sa vie par son travail journalier, fût jugé assez important pour attirer l’attention des grands des confessions les plus populaires du jour, et ce, au point de susciter chez eux l’esprit de persécution et d’insulte le plus violent. Mais aussi étrange que cela fût, il en était ainsi, et ce fut une cause de grand chagrin pour moi. [3]
La mère de Joseph Smith, Lucy Mack Smith, commente :
[...] Joseph continuait, comme d’habitude, son travail avec son père, et rien de significatif n’arriva pendant cet interval (ndt : de 1820 à 1823) - bien qu’il souffrit de toute sorte d’opposition et persécution des différents ordres des protagonistes religieux. [4]
Par la suite, de nombreux apostats qui quittèrent l’Eglise fraichement organisée ne restèrent pas les mains croisées : certains rejoignirent des groupes violents de populaces, d’autres rédigèrent des périodiques et des livres qui critiquaient, voire calomniaient, Joseph Smith. La triste histoire du journal "The Nauvoo Expositor" - un journal diffamant Joseph Smith et d’autres dirigeants de l’Eglise à l’époque - et la destruction de l’imprimerie qui l’avait mise sous presse fut le prétexte idéal pour amener Joseph Smith à Carthage, en prison. La suite est connue : une populace écorchée vive par une accumulation de propos mensongers à l’égard des SDJ fit irruption dans la prison et assassinat lâchement le prophète et son frère, Hyrum. Dans cet assassinat, la propagande anti-mormone a une responsabilité lourde de conséquence.
Bien que Joseph Smith eut souvent, de son vivant, à réfuter les fausses accusations qui pesaient sur lui, [5] ce n’est qu’après sa mort que l’apologétique mormone émergea vraiment. Un des ouvrages de défense du mormonisme les plus connus - et également un des premiers du genre - fut celui de B. H. Roberts intitulé "Defense of the Faith and the Saints" (en deux volumes). Tant les discours oraux et publics des premiers dirigeants de l’Eglise que les livres qui sortirent des presses et qui visaient la défense de la "foi mormone", n’eurent, au début surtout, qu’un seul objectif : réfuter les mensonges, rejeter en bloc les fausses accusations.
Les postulats de l’anti-mormonisme et le refus de la subjectivité
Avec le temps et une publication élargie des écrits de l’Eglise, il devint clair que la diffamation était tout simplement contre-productive. Néanmoins, l’objectif resta le même avec un changement de méthode : trouver dans les documents historiques des "traces", des éléments qui peuvent servir à discréditer l’Eglise. Les anti-mormons ne partent pas d’un point de vue impartial pour critiquer le mormonisme. Il ne sont pas débarrassés de leurs préjugés et ne cherchent pas à s’en débarrasser. La plupart du temps, ils ne sont pas capables de prendre de la distance avec leurs propres croyances, leur propre subjectivité dans la compréhension des Ecritures et de la doctrine de l’EJCSDJ. Comme les apologètes, les anti-mormons partent d’un certains nombres de postulats - des idées, des présupposés - qui pourraient se résumer en ces quelques mots : le mormonisme est une fraude, et il ne reste qu’à le démontrer. Ce postulat est bien sûr pré-existant à toute recherche sur le sujet. Ce faisant, tout leur travail de recherche n’est lié qu’à la confirmation de cette idée, avec les conséquences perverses que l’on imagine : sélectivité des citations, commentaires hypercritiques, imperméabilité à la contextualisation, coupures malhonnêtes, etc.
Les apologètes ont bien entendu, eux aussi, leurs postulats. Mais du fait qu’ils se trouvent dans la position de défenseurs de la foi, il ne peuvent faire l’impasse des arguments de ceux qui critiquent. Ils ne peuvent pas fermer les yeux sur les points soulevés et doivent tenir compte de la perspective utilisée par les critiques de l’Eglise. Dans cette démarche, leur travail se borne bien souvent à ouvrir la question, à recontextualiser ce qui a été retiré de son contexte, à élargir l’horizon face aux approches hyper-critiques, à amener de nouveaux éléments & découvertes - bref ! à remettre l’église au milieu du village.
Malheureusement, bon nombre d’anti-mormons refusent d’admettre leur propre subjectivité tant dans la sélection des extraits de discours que des faits historiques, comme le démontre cet extraits trouvé sur un site évangélique, et signé de la main d’un anti-mormon notoire en francophonie :
Pourquoi ces pages webs sur les mormons ? Esprit de controverse ? Haine des "saints des derniers jours" ? Certainement pas ! C’est uniquement le souci de la vérité qui nous pousse à présenter ces pages au public. [...] Quant aux amis chrétiens, nous espérons que ce travail leur permettra de découvrir ce qu’est véritablement l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.
Notez en particulier ce passage-ci issu du même auteur, très parlant à mon sens d’un manque de réflexion et de recul sur sa propre pratique :
[...] pourquoi nous reprocher une façon de présenter la vérité ? Elle est présentée et c’est ce qui compte !!!
En analysant ces extraits, on ne peut être que frappé par l’audace de l’auteur qui, bien que membre d’un mouvement religieux autre que le mormonisme, n’a ni plus ni moins la prétention de faire connaitre l’EJCSDJ tant aux non-Mormons qu’aux SDJ (voir l’extrait suivant). On n’y trouve de plus aucune remise en question dans aucune partie du site quant à la possible subjectivité de l’auteur dans le choix des citations, dans les éléments historiques présentés, et dans les commentaires relatifs à ceux-ci. L’auteur n’a ni plus ni moins que la prétention "de présenter la vérité", se permettant même de glisser au passage que la façon de le faire n’a pas d’importance. Chez nous, les apologètes, nous avons tout-de-même un peu l’impression en le lisant que "La fin justifie les moyens".
Autre phrase très révélatrice des postulats anti-mormons, trouvée sur le même site internet, et qui s’adresse cette fois aux SDJ :
Chers amis, soyez des investigateurs acharnés de la vérité. De deux choses l’une ! Ou nous ne racontons pas la vérité, alors votre foi en sera fortifiée, ou les faits exposés dans cette étude sont irréfutables et dès lors, vous envisagerez de quitter une organisation qui n’est pas celle qu’elle prétend être !
De prime abord, l’argument peut avoir du sens. Et dans un deuxième temps, on se dit quand même que d’affirmer cela ouvre la porte à toutes sortes d’abus. On peut imaginer qu’un révisionniste de l’histoire pourrait nier l’holocauste juif et ensuite affirmer, à l’égard des descendants des victimes que, s’il venait à mentir, ils n’en tireraient que des avantages. Comment se sentiraient les Juifs d’aujourd’hui face à un tel argument ? Loin de moi l’idée de comparer les Juifs et les Mormons dans la forme des persécutions et des souffrances. Je voudrais simplement comparer la démarche qui consisterait à banaliser la distorsion historique et le mensonge, en affirmant qu’ils ne peuvent faire de mal. De mon point de vue, cette affirmation est tout simplement choquante. Elle l’est d’autant plus que certaines diffamations et propos sensationnalistes de cet auteur ont justement contribué à créer des préjugés infondés sur l’EJCSDJ.
De plus, cette citation illustre parfaitement bien ce qui avait été dit plus haut à propos de la tendance qu’ont les anti-mormons à "piéger" leurs lecteurs en les mettant face au mur : le lecteur est introduit dans une logique binaire où il doit soit croire l’auteur et rejeter le mormonisme, soit ne pas le croire et embrasser le mormonisme ou persévérer dans la foi. D’autres alternatives pourraient pourtant être envisagées, comme : l’auteur dit vrai quant aux passages cités mais en omet d’autres qui viendraient apporter un autre éclairage ou expliquer les premiers ; les propos sont mensongers, mais ce n’est pas pour autant que le mormonisme est "vrai" ; ou encore : les citations sont justes, mais l’interprétation est erronée.
Ces quelques extraits (nous aurions pu en choisir beaucoup d’autres) sont particulièrement éloquents quant aux intentions, méthodes, postulats et illusions des "anti-mormons". En résumé, on affirme que :
- les Mormons (surtout les dirigeants) sont des menteurs et il faut rétablir la vérité,
- vérité que seuls les "critiques" peuvent mettre à jour,
- chose qu’ils font avec désintérêt, voire avec un amour chrétien.